Etude : Metz, capitale culturelle de la Grande Région en 2030

Metz reflète à plus d’un titre l’ambivalence de la Lorraine, pays d’entre d’eux, avec un patrimoine et une culture situés au centre des modèles parisien et berlinois, entre tradition et création, monuments et nouveautés. Du poète latin Ausone au IVème siècle qui vantait déjà la beauté des bords de la Moselle à l’invention du chant grégorien, en passant par les Victoires de la Musique classique à l’Arsenal et diffusées sur tous les écrans, les vitraux de Hermann de Münster et de Chagall à la cathédrale Saint-Etienne et à ceux de Cocteau à l’église Saint-Maximin, les tableaux de Monsu Desiderio, ainsi que par les installations de Buren dans le cadre des manifestations de préfiguration du Centre Pompidou, Metz est incontestablement une ville d’art et d’Histoire. Mais nombre d’habitants et de visiteurs l’ignorent.

Par conséquent, comment parvenir à changer cette image de cité industrieuse et militaire ?

Dans la seconde moitié du XXème siècle, nous avons assisté à un certain engourdissement culturel de Metz, qui s’est satisfait de l’évènementiel et de la diffusion de représentations, parfois de haut niveau, tout en négligeant les autres aspects sans lesquels une ville ne peut prétendre à se hisser au statut de « capitale culturelle » : à savoir la création, en offrant aux artistes de véritables possibilités de séjour et d’expression, et la formation qui lui est indissolublement liée, là encore avec les moyens nécessaires. Ainsi, le Conservatoire de musique est par exemple depuis toujours logé dans des bâtiments inadaptés. Son récent déménagement ne lui a pas pour autant permis de trouver des locaux plus fonctionnels. De la même manière, le fond patrimonial exceptionnel des bibliothèques municipales ne peut être mis en valeur ni utilisé, à notre grand regret. Par ailleurs, l’école des Beaux-arts, dont le bâtiment a manifestement mal vieilli, n’attire que peu d’étudiants. Même si l’installation de l’université à la fin des années 1960 a amené à Metz un nouveau public, jeune mais désargenté, les besoins spécifiques de cette population n’ont jamais été pris en compte, malgré la présence des Trinitaires et de l’espace théâtral BMK. 

Autrement dit, le défi culturel de Metz consiste à faire mieux avec les moyens existants. 

Un autre exemple peut être donné avec l’Ecole Supérieure des Arts de Metz qui, sous la houlette d’un nouveau directeur, se tourne délibérément vers une politique lorraine en se regroupant dans un établissement public avec l’école analogue d’Epinal, avant d’envisager une fusion à trois avec Nancy. Une démarche similaire est par ailleurs en cours pour le lyrique entre les deux principales métropoles lorraines, ce qui conduirait à alléger la production lyrique de l’Orchestre National de Lorraine, dont ce n’est pas la vocation principale. 

Cependant, un élément nouveau est apparu dans le paysage messin avec l’arrivée du Centre Pompidou, qui disposera des énormes réserves du Centre Pompidou de Paris, mais aussi d’un espace d’exposition impressionnant, d’un auditorium, d’une salle de création théâtrale et d’une salle de conférence. Dès lors, il convient d’imaginer avec cette nouvelle structure les moyens pour que celle-ci devienne, pour les habitants de l’agglomération, d’abord un centre attractif, puis un outil d’éducation artistique leur ouvrant l’accès aux autres offres culturelles de la ville. La publicité nationale et internationale qui est faite pour un Centre Pompidou à proximité immédiate de la gare comporte un réel risque de voir une partie importante du public constitué de touristes « aller-retour » qui ne verraient même pas qu’il existe une ville historique de Metz, si ce n’est par les vues données par les galeries du musée d’art contemporain sur certains monuments emblématiques comme la cathédrale. 

Par conséquent, c’est l’ensemble de la politique culturelle de la ville qu’il faut repenser en y intégrant l’existence de Pompidou, afin d’éviter des écueils prévisibles. L’important consiste à créer un axe circulatoire, allant du Centre Pompidou aux Musées de la Cour d’Or et inversement, ce qui permettrait de surmonter l’obstacle que constitue la barrière impressionnante de la gare.

Un autre risque non négligeable est de voir le Centre Pompidou dominer des secteurs entiers de la vie culturelle messine, qui graviteraient tels des satellites autour d’un impressionnant astre de lumière. Le bâtiment, en dehors des espaces réservés aux exposions, disposera en effet d’un auditorium et d’un espace de diffusion théâtrale ou chorégraphique comme nous l’avons vu. L’espace de 5 000 mètres carrés destiné aux expositions temporaires, qui est d’ailleurs unique en Europe, permettra d’accueillir des œuvres renouvelées qui constitueront un évènement de dimension internationale. De même, il est d’ores et déjà prévu que chaque semaine, tous les soirs du mercredi au dimanche, se déroulera une manifestation différente, avec de la musique, de la danse, du cinéma ou encore du théâtre. Si bien qu’une mauvaise coopération avec les autres centres culturels de la ville, disposant de moyens inférieurs, pourrait leur être fatal. D’autant plus que le centre d’art contemporain s’est proposé pour abriter un programme national de création des jeunes. En outre, la programmation envisage de créer un festival sur l’esplanade du Centre Pompidou, afin d’habituer la population à venir, qui pourrait se dérouler sur deux périodes de l’année, à l’image de l’opération Constellation organisée en 2009. Si toutes ces initiatives sont parfaitement louables et appréciables, elles ne doivent cela dit pas nuire à l’offre culturelle messine prise dans son ensemble. Autrement dit, loin d’apparaître comme des manifestations « concurrentes », elles doivent s’inscrire dans une démarche de complémentarité.   

Le centre Guggenheim de Bilbao accueille chaque année 1 million de visiteurs. Si elle veut tourner valablement, la structure lorraine devra quant à elle atteindre une moyenne minimale de 1 000 visiteurs par jour. Pour atteindre ce chiffre, les experts estiment que 4 à 6 expositions de 4 à 6 mois devront être organisées par an. L’ambition de Pompidou est évidente. Celle-ci ne peut se réaliser qu’avec un afflux très important de visiteurs extérieurs, ce qui montre tout le danger que peut courir la ville à rester à côté d’un flux trop focalisé sur le musée d’art contemporain. Si la proximité de la gare est indéniablement un atout pour le Centre, elle constitue une menace pour la ville que le talus SNCF sépare en deux. Cet aspect est d’autant plus criant que le nouvel équipement ne semble pas concerner plus que cela les habitants du quartier. Un premier souci pour Metz sera donc d’éviter que la situation géographique du Centre Pompidou ne soit au final un handicap. En effet, les voies ferrées et la gare représentent un réel barrage entre la ville et le quartier de l’Amphithéâtre encore en devenir, d’autant plus que les voies de passage sont étroites et très peu attractives pour les piétons et les cyclistes. Pour inciter les gens à franchir un tel obstacle, nous ne voyons pas d’autres solutions que de proposer une offre culturelle de proximité du côté de la place du général de Gaulle en utilisant les immenses locaux du château de La Poste et ceux de l’ancien Hôtel des Mines. La politique de billetterie devra être aussi le fruit d’une collaboration entre la ville et l’équipe du Centre Pompidou. Cette dernière a déjà affirmé quelques principes comme la gratuité d’accès pour les Messins, certains jours, aux espaces communs du centre d’art contemporain. La conception de « Pass » aux tarifs intéressants incluant, avec une visite au Centre Pompidou, l’accès à d’autres locaux ou manifestations culturelles de la ville pourrait par ailleurs contribuer à créer le lien souhaité entre les différents sites. Il en serait de même avec des sortes d’abonnements, ou de « Multi-pass » utilisables plusieurs jours et éventuellement séparés dans le temps, qui devraient être conçus pour être profitables aussi bien à des Messins qu’à des amateurs venant de plus loin. A noter que la ville devra aussi participer à un effort de formation et de sensibilisation du public à l’art contemporain en concevant des passerelles dans les autres lieux culturels. 

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