La Lorraine perd encore une œuvre architecturale unique au monde

Un galeriste parisien a racheté aux enchères il y a quelques mois une maison de Jean Prouvé à Jussy, seule rescapée au monde d’une série de trois prototypes intitulée « maisons des jours meilleurs ». Il s’agit d’un pavillon préfabriqué de 70 mètres carrés pour 3 pièces qui avait été imaginé et réalisé par l’architecte nancéien pour répondre aux appels de l’Abbé Pierre en matière de logement des plus démunis après le fameux hiver 1954.  
Un exemplaire avait été édifié au bord de la Seine à Paris et avait connu une gloire relative avant de disparaître. On ne sait plus très bien où était  passé le second. Le troisième avait été installé le 12 octobre 1956 sur un terrain de campagne à Jussy, sur les hauteurs de Metz. 
Restaurée actuellement par une entreprise de Nancy, la maison sera exposée dans le monde entier et probablement dans un espace Prouvé créé à Nancy à l’occasion de l’année de l’artiste en 2012 (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/10/09/2012-annee-jean-prouve-a-nancy/). 
Ce trésor unique a donc été mis en vente et acquis par la galerie parisienne Seguin pour un montant proche de 80 000 euros. La Lorraine perd une nouvelle fois une pièce de l’artiste après la vente à Nancy d’un autre bâtiment Prouvé situé à Messein (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2009/12/10/la-lorraine-perd-la-maison-prouve/) … 

3 réflexions au sujet de “La Lorraine perd encore une œuvre architecturale unique au monde”

  1. Bonjour,
    Un patrimoine mieux connu serait moins vulnérable à ce genre de tourisme à l’exportation… Qui savait qu’il existait une telle maison expérimentale à Jussy ? Sans doute bien peu, même pour ceux qui sont attentifs aux journées annuelle du patrimoine. Améliorer la connaissance du patrimoine ne consiste pas forcément à procéder à une appropriation publique, me semble t’il : une action assez légère peut être un premier pas vers une sensibilisation de tous, simples passants comme acteurs responsables publics.
    Cordialement.

  2. Un autre exemple illustre malheureusement cette triste réalité. Il s’agit d’un chef-d’œuvre de la Renaissance qui a été réalisé par le maître Valentin Bousch pour le prieuré de Flavigny-sur-Moselle. L’artiste, originaire de Strasbourg, est considéré comme l’un des plus talentueux de son époque. Il a également produit des vitraux pour la cathédrale Saint Etienne de Metz, ainsi que pour la basilique de Saint-Nicolas-de-Port. Le vitrage, divisé en trois parties, représente deux épisodes majeurs de la Genèse, à savoir la création du Monde et l’expulsion d’Adam et Eve du Paradis.
    Aujourd’hui détenu par Sam Fogg, un antiquaire londonien qui l’acquis pour la modique somme de 300 000 dollars canadiens (soit 220 000 euros environs) lors d’une vente aux enchères organisée à Vancouver le 18 avril 2007, le trésor lorrain est successivement passé par les collections du Metropolitan Museum de New York, par l’église Saint-Joseph de Stockbridge dans le Massachusetts, avant de tomber entre les mains de William Randolph Hearst, un magnat de la presse américaine qui inspira Orson Welles pour son film Citizen Kane, et Fritz Ziegler. Il avait auparavant été volé à la Lorraine pendant la guerre.
    La belle fenêtre Renaissance a été exposée durant l’édition 2010 du TEFAF de Maastricht, la foire d’art et d’antiquité la plus réputée du monde. Haut de presque trois mètres, l’objet ne convient pas à toutes les salles.
    Selon plusieurs sources du milieu de l’art et du patrimoine, le vitrail lorrain coûterait entre un et quatre millions d’euros.
    On comprend désormais bien ce que peuvent ressentir les Egyptiens quand ils souhaitent que leurs antiquités présentées dans les plus grands musées du monde reviennent au pays.

  3. L’une des dernières maisons démontables de Lorraine signées Jean-Prouvé a dernièrement été adjugée 155 000 euros à la salle Anticthermal de Nancy. Mise à prix à 55 000 euros, elle a trouvé preneur en 12 minutes à peine. En parfait état, cette maison de sinistrés, installée près de Toul, était vendue sur désignation. Son acquéreur n’est autre que le galeriste parisien Patrick Seguin, spécialiste de Jean Prouvé qui possède une vingtaine de ses pavillons conçus en 1944 pour répondre à la pénurie de logements. Rappelons que Patrick Seguin avait déjà acheté les deux maisons de la base nautique de Messein, dont la dernière en 2013 pour 75 000 euros. Après les avoir arrachées de Lorraine, le galeriste expose à présent ces œuvres à New York.

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