La Lorraine en panne de médecins

La Lorraine forme beaucoup de médecins mais peine à les garder, faute de mer et de soleil. En 2009, la densité médicale y était de 298 médecins pour 100 000 habitants. Nous vous avions alors déjà sensibilisés à ce problème (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/04/19/un-desert-medical-se-profile-a-lhorizon-en-lorraine/). En 2010, elle a chuté à 276, ce qui la place en treizième position sur 22 régions. Et le plus gros des départs à la retraite n’est pas encore effectif… 
« Pour mon père, la médecine était un sacerdoce, pour moi, une vocation, pour les jeunes, un job ». En une phrase, le président du conseil de l’Ordre des médecins lorrains pose la problématique de l’avenir médical à très court terme. Les médecins libéraux vieillissent et la relève tarde à se saisir du témoin. En effet, les dernières données de l’atlas de la démographie médicale lorraine sont inquiétantes. Elles confirment que l’activité libérale reste peu attractive auprès des nouvelles générations de médecins. Un désintérêt qui touche aussi bien la médecine générale que les spécialités. En Meurthe-et-Moselle par exemple, au premier janvier 2010, huit médecins se sont inscrits, alors qu’il en faudrait entre vingt-cinq et vingt-huit par an. 
La Lorraine compte aujourd’hui 2984 médecins (généralistes et spécialistes), soit 1 214 en Moselle, 1 070 en Meurthe-et-Moselle, 474 dans les Vosges et 226 dans la Meuse. La Lorraine forme pourtant beaucoup des médecins. La faculté de médecine de Nancy est ainsi la quatrième de France pour son numerus clausus. Malheureusement, notre belle province n’arrive ni à les conserver ni à les convertir à l’exercice libéral. Le Pays-Haut est particulièrement touché par la désertification médicale. Par exemple, Longuyon n’a plus que cinq médecins alors que sa population augmente. Sur ce secteur, la permanence des soins et les gardes ne sont pas sans poser de problèmes. 0 Metz, il faut plus de 8 mois, voire un an, pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste !!!
Néanmoins, comme il y a un problème de démographie médicale, il est facile de prendre des raccourcis. Actuellement, ce sont les remplaçants qui sont les boucs émissaires. Mais le problème est autre, il s’agit de soigner aussi bien avec moins de médecins. En effet, dans la mesure où un généraliste installé assume 50 % de frais fixes, les nouveaux venus plébiscitent le statut de remplaçant qui leur assure 75 % de réversion d’honoraires. Ce n’est donc pas étonnant qu’en vingt ans le nombre de médecins remplaçants lorrains a augmenté de 580 %. 

Dans ce contexte, les praticiens étrangers n’hésitent plus à tenter leur chance en Lorraine. En trois ans, cette population a augmenté de plus de 20 %. Il s’agit essentiellement de médecins roumains et belges. Mais ces médecins préfèrent une « médecine salariée » à l’installation et s’orientent vers les secteurs à haute densité médicale. Ils ne contribuent donc pas vraiment à réduire les inégalités et l’accès aux soins entre les territoires (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/10/21/offre-medicale-inegalites-territoriales-en-lorraine/). Par ailleurs, le CHU de Nancy forme des médecins étrangers. Actuellement, 50 médecins communautaires ont un statut hospitalier à temps plein, auxquels il faut ajouter 40 médecins hors Union Européenne originaires d’Amérique du Sud, du Maghreb et d’Asie. Le CHU de Nancy accueille aussi des « faisant fonction d’interne », ils sont actuellement 13 de l’Union européenne et 63 venant d’autres pays. 
Afin de sauver ce qui peut encore l’être en Lorraine, les instances régionales devraient initier une réelle politique d’incitation à l’installation de praticiens. Nous sommes également d’avis que cette politique devrait être coercitive, même si cela peut réduire les libertés individuelles, car la santé est une préoccupation majeure et d’intérêt public. On doit devenir médecin par vocation, pas uniquement pour gagner du pognon en pratiquant des dépassements d’honoraires systématiquement. L’anormalité est devenue la normalité. Cela suffit. Une telle réforme devrait enfin s’appuyer sur un cadre légale et juridique, qui pourrait prendre la forme d’un contrat « obligeant » les médecins formés dans tel ou tel territoire à exercer dans ledit territoire de formation pendant x années, sous peine de sanctions fiscales et financières. C’est à ce titre que nous parviendrons à réduire les inégalités territoriales, que nous arriverons à soutenir et à encourager la formation, ainsi qu’à limiter la mise en place d’un système médical à deux vitesses. 
(Sources : INSEE Lorraine et Républicain Lorrain) 

7 réflexions au sujet de “La Lorraine en panne de médecins”

  1. En matière d’organisation de santé, la Lorraine souffre d’un paradoxe : elle dispose d’une offre abondante, notamment dans le Sillon lorrain, mais celle-ci est si inégalement répartie sur le territoire que tous les Lorrains ne sont pas soignés à la même enseigne. A cela s’ajoutent des perspectives démographiques chaotiques (départ de 700 généralistes en 2015, pénurie annoncée de neurologues, pédiatres, psychiatres, 297 médecins pour 100 000 habitants alors que la moyenne française est de 312) et surtout une raréfaction des ressources. Ainsi, à l’exception des trois hôpitaux meusiens, tous les établissements sont en déficit, ou presque.
    Une manière de redresser la situation consiste à raisonner collectivement. Le CHU de Nancy et le CHR de Metz-Thionville ont cela dit difficilement accouché de la Communauté Hospitalière de Territoire (CHT). Trois autres CHT se profilent à l’horizon : Verdun-Bar-le-Duc, Epinal-Remiremont et Bassin Houiller-Sarreguemines.
    A noter enfin qu’un interne sur dix qui obtient son diplôme de généraliste en Lorraine s’installe en Lorraine et que les 4/5ème de ce dixième choisissent le Sillon lorrain.

  2. Le CHU de Nancy et le CH Durkheim d’Epinal ont dernièrement signé une convention de coopération. Celle-ci porte sur les disciplines où la demande est la plus forte, comme l’anesthésie et la réanimation, en raison de la pénurie de professionnels en Lorraine. Le CHU met à disposition d’Epinal des médecins et vice-versa. L’imagerie, l’ophtalmologie, l’hépato-gastro-entérologie, les urgences, l’urologie et la chirurgie pédiatrique orthopédique et viscérale devraient également prochainement s’ouvrir à cette coopération, toute comme la recherche clinique et les achats.

  3. Après de multiples recherches infructueuses en France, la commune de Pierrepont, près de Longuyon dans le Pays-Haut, a dû chercher un médecin en Roumanie, afin de remplacer son médecin généraliste parti à la retraite. Un cabinet médical a ensuite été aménagé sur le site de l’ancienne usine Faurecia. La mairie a fait venir de la même manière un dentiste roumain et espère renouveler l’expérience en attirant un autre généraliste.

  4. Même si la Lorraine compte 24 zones médicalement déficitaires, l’Agence Régionale de Santé (ARS) estime, avec toujours autant de clairvoyance, qu’elle est en bonne voie pour juguler sa pénurie de médecins. Certes, paradoxalement, il n’y a jamais eu autant de médecins en nombre brut. Mais avec seulement 297 généralistes pour 100 000 habitants, la Lorraine reste en-dessous de la moyenne française qui est de 312 généralistes pour 100 000 habitants.
    Le problème principal réside dans la répartition. La Lorraine souffre en effet de grandes disparités territoriales. Il y a le sillon lorrain et le reste. La distance moyenne d’accès à un médecin est de 5 km. Elle peut atteindre 13 km en Meuse, dans l’Ouest vosgien et dans le Sud mosellan. 3,2 % des Lorrains se trouvent à plus de 30 minutes d’une structure médicale d’urgence. Le paramètre tombe à 0,7 % au-delà de 32 minutes.
    En Lorraine, tous les étudiants de 4ème et de 5ème année de médecine effectuent un stage chez un médecin généraliste. Notre belle province dispose d’un réservoir de 152 praticiens maîtres de stage. Les mesures financières incitatives connaissent en revanche un succès mitigé. Malgré le versement d’une bourse de 1 200 euros par mois aux étudiants ou internes qui s’installent en zone sous-médicalisée à l’issue de leur formation pendant au moins deux ans, seulement 30 % des offres ont été pourvues et à peine 14 contrats ont été signés. Néanmoins, le numerus clausus a augmenté de 51 % par rapport à 2001, avec 308 admis en seconde année de médecine en 2012 contre 156 au début du siècle. Cela dit, le nombre d’admis a beau augmenter, cela ne veut pas forcément dire que les étudiants restent ensuite en Lorraine. Le manque d’attractivité criant de la région entraîne une forte déperdition (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/04/12/lorraine-la-bataille-de-limage/). Et dans le peu qui restent, un cinquième s’installe dans l’agglomération nancéienne. Sans compter qu’après avoir passé sa thèse, seulement un interne sur dix s’installe en qualité de médecin généraliste libéral. Avec de pareils indicateurs, la relève est donc loin d’être assurée. En 2012, la Meurthe-et-Moselle et la Meuse ont enregistré trois installations de plus que le nombre de cessations d’activités. Les Vosges sont à l’équilibre. La Moselle a en revanche présenté un solde négatif de treize postes.
    Rappelons enfin que la moyenne d’âge du corps médical lorrain est de 51 ans. Mais, là encore, il y existe de fortes disparités. Par exemple, en Meuse et dans les Vosges, 48 % et 46 % des médecins ont plus de 55 ans.

  5. Il y a en Lorraine neuf zones largement sous-dotées en offre de soins dentaires. On retrouve parmi celles-ci les bassins de Nomexy et de Darney dans les Vosges, ainsi que celui de Vaucouleurs en Meuse.
    Ces zones sont éligibles aux aides et au maintien à l’installation des chirurgiens-dentistes, ce qui signifie une aide forfaitaire de 15 000 euros pour l’équipement du cabinet et une prise en charge des cotisations sociales dues au titre des allocations familiales pendant trois ans.

  6. La Meuse est le département le plus touché par la désertification médicale en Lorraine. La moyenne d’âge chez les généralistes y est de 53 ans. 25 % d’entre eux ont dépassé le cap des 60 ans. Les départs à la retraite vont s’accélérer d’ici à 2017. Une nouvelle dynamique semble pourtant s’enclencher. En 2013, la Meuse a bénéficié de douze installations de médecins généralistes contre dix départs. Entre 2007 et 2013, 34 jeunes généralistes ont accroché leur plaque dans le département.

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