Pôle lorrain de chirurgie cardiovasculaire : et si les dés étaient pipés ?

Loin de vouloir raviver la rivalité stérile entre Metz et Nancy, le Groupe BLE Lorraine a néanmoins l’intime conviction que la constitution d’une Communauté Hospitalière de Territoire (CHT) entre le CHU de Brabois et le CHR cache en réalité de vulgaires manœuvres politiciennes téléguidées depuis Nancy pour déshabiller Metz de son service de chirurgie cardiaque. Plusieurs éléments sont en effet troublants. 
Tout d’abord, il faut savoir qu’avant d’être suspendu, le service messin tournait à plein régime, contrairement à celui de la cité ducale. Et comme maintenant tout est affaire de quotas et de statistiques pour conserver une activité médicale (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/07/21/menace-sur-le-service-de-chirurgie-de-luneville/), les bonnes intentions affichées peuvent paraître douteuses. 
Ensuite, si la création de cette CHT devrait être un beau projet dans le but d’unir les forces lorraines, de rationaliser et de mutualiser les moyens et les compétences en matière de santé, nous pouvons émettre, sans parti pris, mais dans une démarche de transparence, des critiques par rapport à la méthode employée pour y parvenir. 
Par exemple, en juin 2010, Jean-Yves Graal, directeur général de l’Agence Régionale de Santé (ARS), située à Nancy, avait déjà proposé en conseil d’administration une fusion entre le CHU et le CHR qui avait été refusée. Six mois plus tard, sous une autre forme et dans un contexte différent, le projet ressort des cartons. 
En effet, nous incitions déjà à la méfiance nos lecteurs au début de l’affaire politico-judiciaire autour de l’activité de chirurgie cardiaque à Metz (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/10/15/fermeture-du-service-de-chirurgie-cardiaque-de-metz-restons-vigilants/). Etrangement, la communauté médicale messine a comme par hasard commencé à entendre parler de cette CHT juste après la suspension administrative du service de chirurgie cardiaque de Metz. Comme si cette suspension n’avait été qu’un prétexte pour créer la CHT. 
Il faut dire que la CHT constitue le socle légal à la création d’un pôle lorrain commun de chirurgie cardiovasculaire, que le Pr Jean-Pierre Villemot, du CHU de Nancy, a vocation à diriger. Or, cette initiative, en apparence louable pour la Lorraine, s’appuie pour l’instant sur deux suspensions administratives : celle de la chirurgie cardiaque de Bonsecours et celle de son chef de service. Alors, forcément, certains médecins messins crient au coup monté. 

Par ailleurs, comme l’indique le projet de convention de CHT, ce pôle sera « la première action concrète d’un projet médical commun entre le CHU et le CHR ». L’article 2 de la même convention signale simplement que la CHT du Sillon lorrain a pour objet de définir le projet médical commun entre le CHU de Nancy et le CHR de Metz-Thionville dans le domaine des soins, de l’enseignement et de la recherche. 
Le Groupe BLE Lorraine pense que le projet de communauté hospitalière doit être mené avec sérieux et sans précipitation. Or, selon les syndicats et une partie du corps médical, l’actuel CHT ne serait qu’une coquille vide, sans projet médical commun, sans objectifs prévisionnels d’activité, sans indication sur les possibles transferts ou partage d’activités entre les deux établissements et sans aucune garantie au sujet des fermetures de services, de la mobilité d’agents ou la suppression de postes en cas de déficit. Autrement dit, pour expliquer cela de manière imagée, c’est comme si un couple se mariait sans contrat de mariage. Il n’est donc pas étonnant que les personnels de Metz craignent qu’à terme toute l’activité de chirurgie cardiaque de Bonsecours soit rapatriée à Nancy.  
Enfin, le projet prévoit une délégation de décision à travers un Directoire où le CHR sera minoritaire avec sept voix contre neuf pour le CHU ! Si bien que les gens du CHU pourraient faire passer n’importe quelle décision. Cherchez l’erreur… 
En conclusion, le Groupe BLE Lorraine se montre bien évidemment favorable à la création d’une structure de coopération et de mutualisation entre le CHU de Nancy et le CHR de Metz-Thionville. Mais il ne pourra jamais accepter que cette initiative se fasse en finalité au détriment du Nord ou du Sud Lorrain. Les équilibres en matière de santé doivent être conservés.

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8 réflexions au sujet de “Pôle lorrain de chirurgie cardiovasculaire : et si les dés étaient pipés ?”

  1. Il faudrait un tapage médiatique pour que si magouille il y a, toute la région soit au courant de cette pratique scandaleuse ! Et montrer les bassesses qui se cacheraient derrière les beaux discours des élus nancéens !

  2. Je suis d’accord pour une mutualisation des structures qui peuvent être centralisées, bien que celà implique des suppressions de postes à des fins d’optimisation administratives et budgétaires. Bien que je sois disposé à croire que toutes les optimisations réalistes aient déjà été adoptées par les deux entités. Il reste néanmoins peut être à faire en matière d’enseignement et de capitalisation de l’expérience.
    Mais je suis contre l’éloignement patients/services médicaux !
    Etre à plus d’une 1/2 heure d’un service de cardiologie compétent par exemple …
    Rappelons nous que la centralisation des services de secours (pompiers et samu) à déjà considérablement fait croire les délais d’intervention pour 30% de la population lorraine habitant en zone rurale !
    (Essayer donc de survivre sans dommage irrémédiable à un Accident Vasculaire Cérébral si vous habitez le Saulnois ou dans un village de Meuse !)
    Enfin, les économies de structures peuvent être très rapidement absorbées par les surcouts provoqués par l’aggravation des pathologies des patients …
    S’il ne s’agit que de faire un transfert de couts d’un compte hospitalier à un compte sécurité sociale, où est l’avancée ?

  3. Soit, mais c’est légérement méconnaître les fonds de l’affaire Roux!
    Les chiffres de surmortalité sont accablants, ses pratiques étaient troubles et même illégales et avaient même été dénoncées par un infirmier anesthésiste qui s’est d’ailleurs suicidé 1 mois avant la révélation de l’affaire…
    http://www.lepoint.fr/societe/hopital-de-metz-le-patron-de-la-cardiologie-suspendu-apres-un-rapport-accablant-29-10-2010-1256194_23.php
    Je pense qu’il ne faut pas mélanger les choses, le pôle régional hospitalier c’est une chose, l’affaire Roux en est une autre.
    Il n’a jamais été question de fermer le pôle cardiologie de Bonsecours et il ne me semble pas anormal que le futur pôle lorrain de chirurgie cardiovasculaire soit dirigé par le professeur Villemot puisqu’il est le plus à même pour exercer cette fonction.
    Concernant le rapport 7/9 au directoire du pôle, l’information est loin d’être confirmée bien qu’elle apparaisse logique. Imaginez l’usine à gaz d’une structure 50/50, incapable de prendre une seule décision!?? Dans ces conditions, que le CHU de Brabois dispose du poids le plus important est tout à fait normal étant donné la taille de l’établissement et sa renomée par rapport au CHR de Metz.
    Je vous rejoins complétement sur un point, il faut mener cette mutualisation sans précipitation et en concertation.

  4. Le conseil de surveillance du CHU de Nancy a voté massivement pour la création d’une Communauté Hospitalière de Territoire (CHT) avec le CHR de Metz-Thionville. La première pierre de l’édifice est donc posée. Le premier acte de la CHT s’appellera pôle vasculaire et cardiologique.
    Même si l’Agence Régionale de Santé (ARS) n’a pris aucun engagement sur les emplois, la Lorraine, coincée entre Strasbourg et Reims qui se rapproche d’Amiens, se doit de muscler ses forces médicales pour peser.
    À terme, selon les vœux de l’ARS, il n’y aurait qu’un seul CHU divisé sur deux sites.

  5. L’occasion fait le larron comme on dit…
    Le dossier chir cardiaque de Metz est venu à point nommé pour faire avancer en force celui de la CHT.
    Il faut savoir que cette restructuration va impacter l’ensemble de la Lorraine, ce projet n’a pas comme perspective de conforter l’offre de soins mais de la diminuer.
    1/ La lorraine est considérée par l’ARS comme surdotée sur le plan hospitalier par rapport à la moyenne nationale : 1000 lits en trop.
    2/ La mise en déficit structurelle des établissements de Santé au travers de la T2A (tarification à l’activité) et l’obligation du retour à l’équilibre permettent à l’ARS au travers du dernier outil en date, la loi HPST, de continuer en force et cela sans que les directions n’en puissent mais.
    C’est la CHT et, c’est aussi là une première CHU/CHR.
    A n’en pas douter que l’affaire sera douloureuse, très..
    C’est la Lorraine entière qui sera impactée, car ce qu’ils vont prendre à Pierre ils ne le donneront pas à Paul.
    Le PTU du bassin houiller , projet de construction d’un nouvel hôpital bien mal en point fermeture de la maternité d ‘hospitalor « démission » du président du CA au profit d’administrateurs mis en place par l’ARS.
    La Lorraine a un taux de morbidité et mortalité parmi les plus élevés de France, une population aussi qui se précarisent, TX de chômage, nbre de RSA et l’on diminue l’offre de soins…cherchez l’erreur
    Combien de services fermés ? de maternités ? de lits de psychiatrie ? de petits hôpitaux de proximité qui rendaient un grand service à la population ?
    Et ce qui se passe en Lorraine se passe sur l’ensemble de notre territoire.

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