La Lorraine, Eldorado pour les implantations étrangères ?

Avec un solde de 810 emplois en 2010, soit le différentiel entre le nombre de créations prévues (1 193) et de suppressions (383), la Lorraine figure au second rang dans le classement des territoires français (hors Paris) pour les annonces de créations d’emplois liées aux investissements industriels étrangers. A titre de comparaison, l’Alsace accuse une perte globale de 190 emplois. 
Avec 768 établissements recensés qui emploient 66 000 salariés dans les secteurs de l’industrie, des services à l’industrie et de l’activité commerciale, la Lorraine ne semble pas avoir perdu sa force de séduction. La Moselle arrive en tête des quatre départements avec 436 établissements pour 35 300 emplois. L’Est mosellan se révèle particulièrement attractif pour les voisins européens, au premier rang desquels figure l’Allemagne, qui demeure notre premier partenaire économique. 
On recense par ailleurs sur le territoire lorrain 215 entreprises allemandes ayant généré 20 500 emplois et 75 américaines qui ont créé 10 700 postes. Les capitaux en provenance de l’étranger dépassent les quatre milliards d’euros en Lorraine. 38,4 % des Investissements Directs Etrangers (IDE) concernent l’industrie et 34 % le secteur des activités financières et d’assurance. Ils proviennent principalement des Etats-Unis, du Luxembourg et de l’Allemagne, pourtant à l’origine du plus grand nombre d’opérations. 

Plusieurs raisons peuvent expliquer ces chiffres en apparence encourageants. En effet, la Lorraine possède une tradition d’accueil et d’ouverture vis-à-vis des pays frontaliers. Elle est de plus naturellement attractive pour les investisseurs étrangers, notamment allemands, en raison de son positionnement géographique central en l’Europe. Elle constitue ainsi une tête de pont idéale pour une société mère désirant partir à la conquête du marché français. Elle possède également une main d’œuvre de qualité et au coût abordable. Le bilinguisme fut par exemple décisif pour l’implantation de Smart à Hambach. Enfin, la Lorraine dispose des infrastructures de transport et d’énergie, ainsi que de toutes les compétences multiculturelles pour attirer des investissements étrangers.


Nous pouvons également noter que notre belle province se classe au 7ème rang des territoires français qui investissent le plus à l’étranger. 
Mais aujourd’hui, l’arrivée des investisseurs évolue. Il y a davantage de reprises d’entreprises et la présence de fonds de pension dans le capital des sociétés augmente. Tout ne serait donc pas si rose, car dans un récent rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental, 20 % des emplois industriels ont été détruit en Lorraine en 10 ans. Par ailleurs, beaucoup de gens considèrent la présence des IDE comme un signe de bonne santé économique, alors qu’on pourrait au contraire y voir le reflet de la pauvreté de l’investissement local et national. Ainsi, la sidérurgie lorraine est aujourd’hui majoritairement entre les mains d’actionnaires étrangers. Nous avons pu commenter les conséquences que cela pouvait avoir, notamment du côté de Carling Saint-Avold (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2009/10/16/limmense-gachis-de-la-cokerie-de-carling/). A la différence des Lorrains, les Allemands ont réussi à garder le contrôle d’une grande partie de leur industrie, si bien qu’ils affichent aujourd’hui une croissance de plus de 3 %. 

Enfin, après avoir été exploitée pour ses richesses minières par la France, l’économie lorraine s’apparente de nouveau à une économie de type coloniale, puisque 15 % de sa population est condamnée à aller chercher du travail de l’autre côté des frontières. Certes, il y a des contre-exemples, heureusement d’ailleurs, mais ils sont peu nombreux et servent souvent à cacher l’absence de véritable politique industrielle.

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2 réflexions au sujet de “La Lorraine, Eldorado pour les implantations étrangères ?”

  1. La Lorraine figure à la 5ème place dans le palmarès du nombre d’investissements étrangers, loin derrière des poids lourds comme l’Ile de France, Rhône-Alpes, Provence Alpes Côte d’Azur et Midi-Pyrénées, qui accueillent à eux seuls 61 % des nouveaux projets. Avec 36 projets recensés et un solde d’emplois maintenus ou créés, la Lorraine compte ainsi parmi les territoires les plus accueillants. D’ailleurs, en prenant en compte le ratio de la population active, elle se retrouve même en tête. Les investissements à partir de capitaux allemands et américains arrivent en tête dans notre belle province.
    En 2009, les Investissements Directs Etrangers (IDE) s’étaient établis autour de 4 milliards d’euros en Lorraine.

  2. L’exception frontalière lorraine ne se limite pas aux enjeux posés par le développement du Luxembourg. Cette spécificité de notre pays provient également de ses relations avec l’Allemagne et plus particulièrement avec la Sarre. Plus de 20 000 personnes traversent chaque jour la frontière pour travailler en Allemagne, ce qui représente un cinquième des frontaliers lorrains.
    Avec 33 % des capitaux, l’Allemagne est le premier investisseur étranger en Lorraine. La présence allemande est plus marquée en Moselle. L’Allemagne est de même à l’origine de 30 % des échanges du commerce extérieur lorrain, soit 8 % du PIB de la Lorraine.
    Au total, les investissements allemands dans les entreprises étrangères représentent plus de 22 000 emplois, voire bien davantage si on les intègre les ratios aux capitaux plurinationaux.
    Le travail frontalier concerne par ailleurs plus de 15 % de la population active de la Lorraine. Ce taux atteint même plus de 60 % dans certains secteurs de Meurthe-et-Moselle, comme à Longwy. Le Bassin houiller et les régions de Thionville et de Sarreguemines présentent également des taux élevés.
    Enfin, 36 % des salariés lorrains dépendent d’entreprises à capitaux étrangers. Les IDE (Investissements Directs Etrangers) concernent 27 % des emplois salariés du secteur marchand autour de Sarreguemines, 19 % dans le Bassin houiller et à Thionville, 14 % à Longwy, 22 % à Sarrebourg, 9 % à Nancy, 6 % à Metz, 8 % dans le Nord meusien, 18 % dans le Sud meusien, 24 % dans l’Ouest vosgien et 17 % à Epinal.

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