Le long de la Ligne Maginot dans le Nord lorrain

Partons ensemble à la découverte de cette impressionnante ligne de fortifications le long de nos frontières en Meurthe-et-Moselle et en Meuse. 

Pour cela, il convient de faire un rapide historique, afin de mieux situer les évènements et d’en comprendre les enjeux. 

Fort Fermont

Ouvrage de Fermont à Longuyon (Crédits photo : Guido Radig)

La loi proposée par le ministre français de la guerre André Maginot a été votée par le parlement en janvier 1930. Après la réintégration de l’Alsace-Moselle dans le giron français, il était apparu nécessaire aux autorités de Paris de fortifier cette nouvelle frontière, d’autant plus que l’armement avait fait des progrès considérables pendant la Première Guerre Mondiale. Les nouvelles fortifications se devaient par conséquent d’être cuirassées et totalement enterrées, dans le but d’éviter à tout prix l’hécatombe de la guerre 1914-1918 avec la fameuse Bataille de Verdun. C’est pourquoi la Ligne Maginot s’inscrit dans le cadre d’une stratégie défensive.

Cette construction, qui s’étend de Longuyon à la Suisse, fut édifiée en un temps record de 1930 à 1933, année de la nomination de Hitler à la chancellerie. Elle comprend au total 22 gros ouvrages, 36 petits, ainsi que plus de 300 casemates d’intervalle. Elle ne fut prévue que jusqu’à Longuyon afin de pas heurter la susceptibilité diplomatique et politique de la Belgique, déclarée comme alliée. Or, au début du Ier conflit mondial, les Allemands étaient passés par la Belgique neutre …  Cette dernière a signé un accord militaire avec la France en 1920. La défense s’appuierait ici sur les lignes d’eau. 

Cela dit, Paris décida à partir de 1933 de prolonger la Ligne Maginot le long de la frontière belge, mais avec des moyens financiers plus réduits. C’est pourquoi, en direction de Montmédy, le curieux peut encore observer des casemates construites après 1934. Ce « sous-secteur » de Marville comprend 22 casemates sur deux lignes parallèles à la Chiers. Les troupes étaient cantonnées dans le casernement bâti à Saint-Jean-lès-Longuyon. Le secteur constitue ici une trouée de 13 km peu armé. La « tête de pont », qui commence à Velosnes, comprend deux gros ouvrages et deux petits, tous implantés sur des hauteurs. Une tourelle de 75 mm avait pour mission de protéger le plateau de Marville. Le gros ouvrage de Vélosnes, qui disposait de 6 blocs de combat, fut construit à partir de 1934. A l’intérieur, le poste de commandement est orné de fresques dessinées par des soldats. Située un peu plus loin, la place forte historique de Montmédy fut aussi intégrée dans le système défensif. De même, les cinq blocs du gros ouvrage du Chesnois à Thonne-le-Thil, étaient renforcés de quatre canons antichars et de deux tourelles. A noter qu’il renferme plus de 2,5 km de galeries souterraines. De plus, dans ces forts de seconde génération, l’entrée unique servait à la fois pour les hommes et les munitions. 

Ce type de forts se retrouve également autour de l’agglomération de Longwy. Pourtant, en 1929, le maréchal Pétain avait proposé de ne pas défendre la cité des émaux par la Ligne Maginot. Deux raisons avaient été alors invoquées. D’une part, la trop grande proximité de la frontière ne permettait pas d’avoir du recul, d’autre part, le relief de la vallée de la Chiers rendait difficile la protection de la ville et de ses usines. La ligne Maginot fut donc construite en arrière. Mais, au début de la guerre, en décembre 1939, le secteur passa sous le commandement du général Condé, partisan de la défense de l’agglomération. Si bien qu’en février 1940, il proposa de construire la Position Avancée de Longwy (PAL) pour permettre aux usines de travailler le plus longtemps possible. Le projet fut finalement accepté en mars. Il prévoyait la construction d’une vingtaine de blockhaus et d’un fossé antichar depuis Longlaville jusqu’à Lexy. Sur un front de 15 km, ce dispositif comprend une ligne d’avant-poste, une ligne principale de résistance et une ligne de soutien. 

L’un des principaux ouvrages du Nord Lorrain est sans conteste le fort de Fermont. Il constitue une véritable ville souterraine à trente mètres sous terre. Seuls émergent en effet les postes d’observation et de combat. Pour mieux résister aux assauts et aux bombardements, les forts de la Ligne Maginot sont articulés, c’est-à-dire que chacun d’entre eux comprend un nombre variable de blocs séparés et reliés par des galeries profondes. Le fort de Fermont dispose ainsi de trois blocs. Les entrées sont de même prévues assez loin à l’arrière pour ne pas être exposées aux tirs ennemis. Chaque ouvrage est par ailleurs doté d’un équipement ultra moderne avec des cuisines et des blocs opératoires, comme au fort de Latiremont ou dans celui dit du Mauvais Bois. Le projet initial de ce dernier avait esquissé un ouvrage d’artillerie à cinq blocs de combats. Mais seuls trois blocs furent finalement construits. Le fort devint par la suite un ouvrage d’infanterie protégé par les canons de Fermont et de Bréhain, gros ouvrage comprenant huit blocs. Le fort du Bois du Four est un peu l’exception qui confirme la règle. Très bien rénové, il présente ainsi la particularité d’être visible, dans la mesure où ici les restrictions budgétaires ont réduit l’ensemble à un seul bloc à deux étages. A l’extérieur, le visiteur peut remarquer les casiers pour les mines antichars qui étaient placées au dernier moment. Chaque ouvrage était aussi protégé par tout un réseau de barbelés et par huit rangées de rails. 

Une fois les ouvrages terminés, il devait y avoir en permanence des troupes sur place. Des casernes de sûreté furent donc créées le long de la Ligne Maginot, afin d’héberger les soldats et les familles des militaires de carrière. Dans le Nord lorrain, quatre ensembles furent construits dans cette optique à Doncourt, Mortfontaine, Errouville et Ludelange. 

Ainsi, au début des années 1930, le bassin industriel lorrain fut doublé d’un vaste chantier de travaux publics qui a nécessité l’arrivée de nouveaux travailleurs et des moyens gigantesques.   

(Source : presse régionale)

3 réflexions au sujet de “Le long de la Ligne Maginot dans le Nord lorrain”

  1. La bande dessinée La ligne Maginot de Marc Halter et illustrée par l’Américain Brian Chin a été éditée à 6 000 exemplaires en versions française et anglaise. D’autres versions, notamment en allemand, devraient être disponibles dans les prochains mois.
    Rappelons que les fortifications de la Ligne Maginot attirent chaque année plus de 300 000 visiteurs, dont une moitié d’étrangers.

  2. Le Fort de Fermont a dernièrement fait l’acquisition de quinze pièces d’artillerie d’époque, principalement des canons, des fusils mitrailleurs et des armes de poing. Elles viennent enrichir les belles collections déjà offertes aux yeux des visiteurs. Ces derniers sont en effet tous les ans plus de 20 000 à venir visiter le gros ouvrage.
    Le musée de la Ligne Maginot et des troupes de forteresse qui se trouve sur le parking est constamment en extension. On y retrouve sur plus de 1 000 mètres carrés une véritable évocation de la fortification de campagne à travers les équipements militaires les plus représentatifs. Le site évoque également la drôle de guerre et les combats de la position avancée de Longwy.

  3. La Ligne Maginot serait encore composée aujourd’hui de 3 500 à 4 500 structures. Casemates, blockhaus, abris d’observation, etc. Dans le Nord de la Lorraine, certains ouvrages, moins connus que le Hackenberg ou le Michelsberg, sont la propriété de particuliers et d’associations qui les restaurent jalousement, à l’abri des regards. Un travail titanesque et discret.

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