Le grand stade de Nancy en danger

Hervé Féron, le député-maire de Tomblaine, souhaite l’abandon de la candidature nancéienne pour l’Euro 2016 et l’arrêt du projet d’agrandissement de Marcel Picot, stade qui se situe pourtant sur le territoire de sa commune. Désespérant. 

Rappelons que l’Association Sportive de Nancy Lorraine ambitionne de porter la capacité du stade Marcel Picot à 32 000 places et d’en faire un site multifonctions pour y accueillir concerts et spectacles. Le club tablait ainsi sur un financement essentiellement privé compris entre 55 et 63 millions d’euros. Le montage s’opérant sous la forme d’un bail emphytéotique administratif remboursable sur 30 ans et signé avec la Communauté Urbaine du Grand Nancy (CUGN). A terme, la collectivité deviendrait propriétaire de l’enceinte.

Le problème, c’est que les banques ne jouent pas (comme d’habitude) leur rôle. Par ailleurs, la législation interdit à la CUGN de se porter caution pour le club et ne permet pas non plus le versement de la subvention de 8 millions d’euros de l’Etat français au titulaire d’un bail emphytéotique. Cela dit, la loi doit a priori évoluer en janvier 2011. 

Quoiqu’il en soit, le toit amovible si séduisant et qui faisait la spécificité du projet en lui donnant plus de valeur ajoutée n’est désormais plus d’actualité. Comme à Lille, il n’était pas homologable par l’UEFA et coûtait trop cher. Cela dit en passant, on pouvait tout de même se demander l’intérêt d’un tel toit avec un équipement doté d’une pelouse synthétique. Un toit fixe devrait par conséquent être installé, ce qui représente une économie de 7 à 10 millions d’euros.

De manière générale, il est tout de même franchement navrant que sur des enjeux essentiels comme celui-là, nous soyons obligés de mettre leur destin entre les mains de politiciens frileux et incompétents. Le pire, c’est que depuis la réunion de la communauté urbaine où de beaux numéros de contorsionnistes étaient au programme, tous les acteurs semblaient être sur la même longueur d’onde. Après les promesses caressantes d’élus tout feu tout flamme tant qu’il n’était pas question d’argent ou de garantie d’emprunt, ce revirement de situation inattendu traduit à la fois l’inconstance des hommes, ainsi que leur manque de courage et d’honnêteté. Si bien qu’à cause de vulgaires et malsaines manœuvres politiciennes qui vont à l’encontre de l’intérêt général, Nancy et la Lorraine n’iront jamais de l’avant et joueront définitivement dans la cour des petits. Un véritable gâchis alors même que Picot reste l’un des lieux les fréquentés du Grand Est et que l’Euro 2016 est un puissant facteur d’attractivité et de notoriété. Mais pour que la magie opère, il faut une vitrine, un grand stade. Avec une telle enceinte, la collectivité bénéficierait pourtant d’un équipement unique dans l’Est capable de proposer autre chose que du foot, comme en Allemagne. Ce qui est également unique, c’est que le club mettra la main à la poche pour porter le projet. 

En attendant, il y a des postures qui au final sont des impostures. Car pendant deux ans les élus ont fait parler d’eux. Maintenant qu’il faut passer aux actes, il n’y a plus personne. Que penser alors du revirement d’Hervé Féron & Co., autant d’individus qui ont toujours été sur la photo et qui considèrent soudainement le projet comme impossible … 

7 réflexions au sujet de “Le grand stade de Nancy en danger”

  1. La réalisation d’un tel équipement représente un investissement pour le long terme, que la crise actuelle rend au contraire encore plus nécessaire. Disposer d’un tel outil est une marque de dynamisme, une vitrine et facteur d’attractivité pour les investisseurs et les entreprises, donc au final un facteur de créations d’emplois et de richesses futurs.

  2. Il y a tant à dire sur ce dossier…
    Une chose est certaine, malgré les propos méprisants (et innaceptable pour un responsable politique) de Jean-Pierre Masseret, l’acceuil en Lorraine de la troisième compétition mondiale en terme d’audience serait une opportunité exceptionnelle pour la Région.
    Un tel équipement serait bénéfique sur le long terme, non seulement pour permettre à l’Entreprise ASNL de s’épanouir, mais aussi pour occasionnellement accueillir des événements importants (foot, rugby, et même au delà, concerts).
    Ce serait aussi l’occasion de recomposer l’urbanisme de l’ensemble du secteur qui en a bien besoin et de valoriser les abords du stade.
    Pour toutes ces raisons, je ne comprends pas la position de Mr FERON qui ne peut, malheureusement, s’expliquer que par le jeu de la politique politicienne de bas niveaux, non constructive et dépassée.
    Dur d’entendre dire de Monsieur Masseret qu’il gére les deniers publics avec responsabilité et clairvoyance! (sic)… Lui qui a choisi d’engloutir des dizaines millions d’Euros dans le projet Chambley plus qu’incertain (critiqué jusque dans la majorité régionale, et au détriment du transfrontalier) en proposant que le CR entre au capital de l’entreprise GECI. Et dans le même temps, il fait un pied de nez à l’entreprise lorraine ASNL, dirigée depuis plus de 15 ans par le remarquable gestionnaire Rousselot. Avouez que le paralléle est intéressant, subtil, mais surtout inquiétant pour l’avenir de la Région…
    Bon courage à Monsieur Rousselot qui, j’en suis certain, trouvera les ressources nécessaires et des partenaires fiables pour mener à bien ce projet ambitieux qui sera intégralement financé par le club de foot de Nancy.

  3. Bonjour,
    On parle d’opération de « rafraichissement » ou « extension » (en général assez modeste) a 70 ou 80 M€ à chaque fois : Lens, Saint Etienne, Toulouse. Je ne sais pas exactement à combien est chiffré le projet Marcel Picot, mais l’ordre de grandeur y est sans doute, et d’ailleurs sans réelle garantie que le budget final soit bien celui là.
    Cela semble assez normal d’y réflechir, de voir quels sont les financements possibles et ceux qui sont vraiment probables, d’estimer le complément de ressources que peut représenter un tel investissement, voire le complément d’aménités, et de peser aussi à l’occasion toutes les différences qu’il peut y avoir entre le secteur de l’économie classique (ici plus haut, la production) et l’économie présentielle : voir récente analyse de l’Insee sur le sujet.
    Sans avoir d’à priori sur le résultat, le ticket d’entrée est vraiment très haut placé.
    Cordialement.

  4. Aujourd’hui investir dans un grand stade, c’est comme investir dans une grande salle de spectacle, c’est une vitrine qui fait vivre l’économie locale et apporte des émotions et de l’emploi. Ce n’est donc pas un gaspillage d’argent, bien au contraire. Il convient de s’inscrire dorénavant dans la logique d’une économie de servive, du moins en partie.
    La notoriété va au-delà du club: si Nancy et son stade accueillent l’Euro, c’est toute la Lorraine qui en bénéficiera. En termes d’image, elle en a largement plus besoin que le Sud de la France. C’est donc un enjeu capital.
    L’important est de toujours raisonner à long terme. Et puis si les transports et autres doivent être améliorés, cela profitera encore plus à l’ensemble de la collectivité. Dans tous les cas, l’argent, un budget, c’est fait pour être investi et dépensé, ça ne sert en rien la collectivité de le garder bien au chaud dans une banque.

  5. Le montage financier du stade Marcel-Picot pour l’Euro 2016 a finalement été bouclé dans le consensus politique. Les accords bancaires ont été obtenus sur la base d’un investissement privé-public financé à 50 % par chaque partie. La Communauté Urbaine du Grand Nancy emprunterait ainsi 25 millions d’euros, l’ASNL 30 millions d’euros et l’Etat français apporterait 8 millions d’euros. Reste désormais à attendre le vote parlementaire de la loi qui autorise les collectivités à investir et à garantir des emprunts dans le cadre d’un bail emphytéotique administratif. Il devrait intervenir dans les prochaines semaines.

  6. Une bonne chose. Clap de fin sur cette scéne de théâtre que nous ont présenté nos politiques lorrains, qu’ils soient de droite ou de gauche.
    Reste à l’Etat français d’honorer son engagement vis-à-vis de Nancy et des autres stades concernés.
    Regrettons tout de même la prise de position de JP Masseret du conseil régional de lorraine qui ne participera pas au financement sous quelques formes que ce soit (ce qui constitue un cas unique en France, les autres régions concernées participants). Il aurait pu, en plus, se passer de dénigrer si violemment le projet, il en va tout de même de l’image de Lorraine….

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