Les mystères de Grand la gallo-romaine

Grand, petit village lorrain de la plaine des Vosges, constitue encore de nos jours l’un des sites les plus étonnants de l’Antiquité gallo-romaine. Ainsi, le panégyriste de l’Empereur Constantin parlait déjà du « temple le plus beau du monde » quand il faisait référence à l’édifice qui s’y élevait jadis.

Grand amphithéâtre

L’amphithéâtre gallo-romain de Grand dans les Vosges (Crédits photo: Wikipédia) 

En pleine campagne, le visiteur peut aujourd’hui y admirer un amphithéâtre semi-circulaire de 17 000 places, l’un des plus grands du monde romain, la plus importante mosaïque trouvée à ce jour en Europe, d’une superficie de 224 mètres carrés, un système hydraulique souterrains et de galeries maçonnés d’une quinzaine de kilomètres qui coure sous le village, ainsi que 300 puits, dont l’usage exact fait encore débat et qui ont livré, même si le plus grand nombre d’entre eux reste encore à fouiller, un mobilier étonnant, à l’image des fragments reconstitués d’énigmatiques tablettes astrologiques en ivoire et à décor égyptien. Les inscriptions qui figurent sur ce diptyque transportable sont en vieux copte. Mais d’autres découvertes interpellent à Grand, à la fois par leur finesse, leur état de conservation, mais aussi par les questions qu’elles soulèvent ou simplement par leur beauté. On peut évoquer à ce titre des intailles, un pendentif en or et une statuaire non religieuse extraordinairement riche et évocatrice de la vie des artisans ou du travail des vignerons. On citera en outre des dés retrouvés à côté de restes de volailles dans un petit espace ouvrant sur l’arène de l’amphithéâtre et dont on pense qu’ils pouvaient servir de « coulisses » aux gladiateurs. Les combattants se restauraient là en attendant leur tour du « morituri te salutant ». Ils y jouaient aussi, en lançant les dés pour tromper l’ennui et ils y trichaient sans vergogne. En effet, l’un des dés retrouvés et conservés à Grand possède deux faces identiques frappées d’un as. 

Ces différents éléments témoignent d’une intense activité humaine du Ier au IIIème siècle après Jésus-Christ, qui s’était organisée autour d’une mare sacrée, née d’une étrange résurgence dédiée à Grannus, dieu celte lié aux sources et au Soleil qui s’est confondu plus tard avec Apollon, son illustre alter ego romain. Une cité antique de première importance dort donc sous le sol vosgien. Des milliers de pèlerins venaient de tout le monde romain, vêtus de toutes les étoffes et parlant toutes les langues. Ils se pressaient pour prendre les eaux et honorer Esculape ou Apollon. Les spécialistes s’accordent à dire qu’une grave crise économique assortie d’invasions barbares succéda à cette période faste. 

Cependant rien n’est venu ici troubler l’agencement de la cité antique dédiée à Apollon-Grannus. On est ainsi loin du milieu urbain et des grands bouleversements qui brouillent les cartes. Bien évidemment les archéologues savent depuis longtemps l’existence de quelque chose à Grand. Les murs des maisons les plus anciennes en attestent, puisqu’ils contiennent tous leur lot de pierres empruntées à l’amphithéâtre. 

Parmi les énigmes et les mystères qui entourent le sanctuaire de Grand figure celle de la grande mosaïque. Se situait-elle au cœur d’une basilique, qui correspondait à l’époque à un lieu de réunion public chez les Romains, ou dans une demeure privée ? De même, que représentait son motif central, où seul un personnage masqué est identifiable ? Ce dernier pourrait faire référence au Fantôme, une comédie de Ménandre du IIème siècle. Et que dire des interrogations soulevées par l’église Sainte-Libaire ? La martyre aurait été décapitée en 362 à Grand. Elle aurait ensuite ramassé sa propre tête et serait allée la laver à une fontaine. On retrouve encore une fois l’idée récurrente d’eau purificatrice. L’édifice, datant du XVème siècle, a été bâti directement sur la fameuse mare sacrée, une manière pour le christianisme de marquer sa prééminence sur les cultes païens éradiqués. Mais, si le calcul symbolique a été bon, c’était sans compter sur les facéties de la géologie. Les mouvements d’un sous-sol instable ont en effet amené à la fermeture au public d’une église qui s’effondre, sans que l’on sache exactement ce qu’elle va devenir. 

Les mystères sont encore nombreux dans l’antique cité lorraine. Ils trouvent écho dans les légendes des alentours. Cinquante ans après les premières fouilles, les archéologues commencent une nouvelle campagne. Le Grand d’aujourd’hui apparaît bien minuscule à l’aune de l’Histoire et de l’ancienne cité qui sort de terre. C’est certain, la ville romaine d’autrefois, où Apollon aimait se promener comme dans son jardin, nous réserve encore son lot de surprises. 

(Source : presse régionale)

4 réflexions au sujet de “Les mystères de Grand la gallo-romaine”

  1. Le site archéologique de Grand compte parmi les plus mystérieux et les plus impressionnants du monde romain. La grandeur de Grand à son apogée n’est plus à prouver : des combats de gladiateurs et de fauves eurent lieu ici, comme l’atteste la mosaïque de la cité avec la représentation en son centre d’un lion, d’un tigre, d’un ours et d’un loup. Cette mosaïque, découverte en 1883 par Félix Voulot, est d’ailleurs la plus grande mosaïque gallo-romaine d’un seul tenant existante. Elle pave le centre de la « basilique », un bâtiment dont la vocation demeure incertaine. Les archéologues n’ont en effet pas pu établir s’il s’agissait d’une schola, d’un temple ou même d’une salle de réception. Les ruines d’un temple dédié à Apollon sont également visibles à proximité et un vaste ensemble thermal continu d’être mis à jour. Des remparts impressionnants cernent les monuments de Grand, qui sont parmi les plus importants du monde romain. Tous ces édifices sont rassemblés sur un site d’une vingtaine d’hectares.
    A l’heure actuelle, les scientifiques ne savent toujours pas pourquoi des travaux si importants ont été menés à Grand, sur un plateau calcaire éloigné de tout axe important, pourquoi de tels édifices ont été bâtis dans une cité qui devait compter entre 2 000 et 10 000 habitants. Certains archéologues se demandent si la présence de l’eau, qui affleure de toute part, et les thermes qui allaient avec n’en faisaient pas un lieu de villégiature.
    A noter également que les fouilles des 350 puits ont mis au jour de nombreux objets et restes : noyaux d’olives, éléments de bois travaillé, objets de la vie quotidienne, vêtements de cuir, tablettes astrologiques, etc. Tous ont été trouvés dans un remarquable état de conservation.

  2. Avant d’être empereur, Constantin Ier (272–337) serait venu à Grand. Il aurait alors qualifié le sanctuaire de « plus beau temple du monde ». Ce panégyrique est l’hypothèse la plus crédible pour justifier les honneurs monumentaux dévolus à cette bourgade.
    Là où les archéologues s’affairent encore aujourd’hui (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2011/08/14/de-nouvelles-fouilles-a-grand/), leurs prédécesseurs ont déjà exhumé plusieurs édifices remarquables : un amphithéâtre, une basilique et un rempart dressé tout autour du village. Il s’agit d’une muraille de type Haut-empire. C’était un privilège impérial avec une fonction symbolique forte. Or, les villes avec remparts étaient très rares. Puisque tous les chemins mènent à Grand, les archéologues ont émis l’hypothèse d’un sanctuaire de frontières.
    Avec son amphithéâtre majestueux, Grand était le troisième lieu de spectacle de Gaule, derrière Poitiers et Autun. Il accueillait des cérémonies fastueuses, ainsi que des combats de gladiateurs ou d’animaux. De nos jours, l’enceinte est recouverte d’une structure de bois, censée la protéger des intempéries. Une première en France. Mais derrière son aspect novateur, ce lamellé-collé s’est déformé avec le temps et il n’a pas tenu ses promesses. Si bien qu’il faut maintenant intervenir dessus.
    Enfin, la mosaïque de Grand, d’une superficie de 234 mètres carrés, est l’une des plus vastes d’Europe. Elle tapisse le sol de la basilique, sous les regards de marbre des putti, tritons et autres griffons figés dans les vitrines d’exposition. Son décor géométrique tissé sur un tapis végétal entoure un tableau en partie effacé. Au départ, les archéologues pensaient qu’il s’agissait d’un tableau cultuel, destiné à célébrer le culte d’Apollon, mais un spécialiste a observé un masque tragique en relation avec une pièce de théâtre, Le Fantôme de Ménandre. Cette découverte a relancé le débat sur la fonction du bâtiment. Si l’on rendait initialement la justice dans une basilique, une telle fresque était un peu joyeuse pour un tribunal. Peut-être était-ce un temple, ou le bâtiment d’un civil ou d’une corporation ?

  3. Entre juin et octobre 2011, en amont de la création d’un lotissement, une fouille menée à Grand a permis la mise au jour d’une imposante villa datant du Ier et du IIIème siècle, au pied du rempart de l’agglomération gallo-romaine. Durant l’Antiquité, Grand était un sanctuaire des eaux dédié à Apollon Grannus. La découverte d’enduits peints sur les murs de la villa permet d’en restituer les décors et d’identifier la fonction de ses nombreuses pièces. Une fouille d’une villa de cette envergure et de ce luxe dans son intégralité et dans un milieu urbain antique est rarissime. C’est la raison pour laquelle il est plus que regrettable pour le développement touristique, économique et culturel local que tout fut irrémédiablement détruit pour quelques maisons qui, elles, ne traverseront pas les siècles.

  4. Il subsiste bien des mystères autour des impressionnants vestiges antiques mis au jour à Grand, petit village situé aux confins des Vosges. Les historiens et les archéologues supposent que le site abritait un sanctuaire gallo-romain dédié à Apollon Grannus, dieu guérisseur et oraculaire. La présence, dans le sous-sol karstique, de sources résurgentes n’est sans doute pas étrangère à ce culte. Les Romains s’employèrent à les canaliser, à plusieurs mètres de profondeur, sur une quinzaine de kilomètres. Ces galeries souterraines convergent vers un bassin sacré, aujourd’hui recouvert par l’église médiévale Sainte-Libaire, construite à la fin du XVème siècle.
    Pour consulter le dieu Apollon Grannus, le pèlerin pratiquait le rite d’incubation. Il dormait dans le sanctuaire jusqu’à ce que la divinité consultée lui délivre son message par le biais d’un rêve. Les Empereurs Caracalla (188-217) et Constantin (272-337) auraient eu recours à cette pratique. Selon l’historien Dion Cassius (né vers 155 – mort après 229), auteur d’une Histoire romaine en 80 livres, l’Empereur Caracalla serait venu se recueillir à Grand en 213. Mais cela reste une hypothèse car le lieu évoqué pourrait aussi bien être le sanctuaire de Faimingen en Bavière. Remontant de Marseille vers Trèves, l’Empereur Constantin y aurait également fait halte en 309. Le panégyrique de Constantin, prononcé par un auteur inconnu en 310, rapporte en effet que l’Empereur s’est détourné de sa route pour se rendre au « plus beau temple du monde ». Il y aurait reçu la vision du dieu Apollon lui prédisant un règne long et heureux. Dans son Histoire de la Gaule, volume VII, le célèbre historien Camille Jullian (1859-1933) situe cette vision païenne à Grand. Cette hypothèse est restée une référence.
    (Source : RL du 05/09/2014)

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