Les dimensions de l’homme en Lorraine

Nous souhaitons simplement entamer ici une réflexion suite à tout ce qui a déjà pu être dit et écrit par des internautes sur la Lorraine, la Moselle et Metz en particulier. 
Beaucoup de gens sont en effet surpris par Metz et plus généralement par la Moselle. Il y a quelque chose qui les touche au plus profond d’eux-mêmes et qui rend cette terre si attachante, malgré tous les préjugés qui peuvent circuler (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/04/12/lorraine-la-bataille-de-limage/). Certains ont émis l’hypothèse que ce sentiment viendrait du fait que ce territoire concentre, sur un espace relativement restreint, tout ce qui peut ou a pu caractériser la condition humaine. C’est la raison pour laquelle ce pays serait si touchant. Il agirait comme un miroir reflétant de manière fidèle ce qui fait le quotidien et la condition de l’homme depuis la nuit des temps. 
Sans prétendre à atteindre l’exhaustivité, nous souhaitons développer quatre éléments relatifs à ce sujet, afin de déterminer les différentes dimensions que peut prendre ce sentiment.   
Tout d’abord, on retrouve l’homme confronté à sa propre histoire, c’est-à-dire l’homme dans sa dimension temporelle. Le riche passé historique de la Moselle, avec notamment les différentes guerres contre le voisin allemand et toutes les souffrances endurées, ne peut qu’être source d’humilité et de réflexion (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/01/29/exclusivite-ble-interview-de-gerald-olivieri-realisateur-de-mamie-yutz/). On ressent à Metz et dans toute la Moselle un grand respect pour le passé, mais surtout une forte envie d’être les héritiers pacifistes et dignes de toute cette jeunesse sacrifiée. On retrouve finalement cette dimension dans l’ouverture à l’Europe à travers par exemple le Quattropole, les nombreux échanges transfrontaliers et l’action des Pères fondateurs de l’Europe contemporaine comme Robert Schuman, synonymes d’une volonté de dépasser les antagonismes ancestraux. 
Le deuxième élément qui nous paraît caractériser la condition humaine, c’est sa dimension sociale, autrement dit l’homme confronté à l’organisation sociale qu’il a lui même mis en place et qui a peut être fini par le dépasser, voire l’aliéner. Et ce qui symbolise le mieux cette organisation sociale c’est le travail, puisqu’une grande partie de notre vie est organisée autour de cette valeur. Dans cette optique, la forte industrialisation de la région dans des secteurs à la pénibilité certaine, comme les mines et la sidérurgie, peut également être considérée comme un élément déterminant et troublant. Toute cette souffrance endurée au travail, symbole de l’exploitation de l’homme par l’homme, renforce encore les émotions ressenties dans cette partie de la Lorraine. Plus qu’ailleurs et grâce à cet environnement, on ressent la nécessité pour l’homme de passer à d’autres formes d’organisations sociétales. On retrouve à notre avis cet aspect dans le dynamisme certain des différentes agglomérations mosellanes. Des villes qui sont parties de si loin comme Amnéville-les-Thermes, où le travail était plus une source d’aliénation que d’épanouissement, ont aujourd’hui sorties la tête de l’eau pour devenir attractive. Ceci traduit d’une certaine manière cette volonté de renouveau. L’ancienne métropole du fer s’est métamorphosée en vallée des loisirs. Tout un symbole. Le fait que bon nombre d’initiatives soient en relation avec l’enfance n’est pas anodin. Rombas est par exemple très dynamique dans ce domaine. Comme si les clés étaient remises aux adultes de demain pour justement inventer des voies nouvelles. 
Mais la condition humaine c’est également l’homme confronté à son environnement naturel. Entre côtes, montagnes, plateaux et étangs, la Moselle bénéficie de paysages doux et bucoliques qui incitent à la contemplation, à la flânerie et à la rêverie. C’est dans ce type de paysages que l’on prend conscience d’être pleinement intégré à la nature. Tout ceci est encore renforcé par le climat continental de la région avec des saisons bien marquées. 
Enfin, reste la dimension religieuse et spirituelle, c’est-à-dire l’homme en quête de lui même et confronté à sa propre finitude. Metz et ses multiples édifices religieux poussent à la transcendance et à la quête intérieure. La Moselle est un des départements où les vocations religieuses sont encore les plus nombreuses. Il y a donc bien une énergie particulière dans ce territoire profondément spirituel et ce depuis des siècles. En effet, les chroniqueurs médiévaux ont rapporté que la compagne de Charlemagne, étant fortement malade, ses médecins s’étaient mis en quête d’une région au fort potentiel de guérison, un pays où l’énergie était suffisamment saine pour entrainer la guérison de la reine. Les conseillers du roi, à la sensibilité très forte, ont sillonné le royaume et ont choisi les environs de Metz. La reine est venue s’y installer et a fini par se rétablir. 
Nous ne pouvons pas prétendre que tous les Messins, les Mosellans et les Lorrains correspondent à ce que nous avons exposé plus haut. Il s’agit simplement d’une question de sensibilité et de connexion avec son lieu de vie. Les villes et les lieux ont leur propre langage, leur propre énergie, qui nous permettent de nous sentir bien dans un pays. Il suffit pour cela, d’une certaine manière, de parler le même langage. 
Beaucoup de gens trouvent plus rapidement leurs marques en Lorraine qu’à Marseille ou à Bourges par exemple. C’est une alchimie complexe qui dépend aussi beaucoup du moment de sa vie où l’on est amené à se trouver à tel ou tel endroit. 
Certains chercheurs en sociologie évoquent enfin la notion de communauté de destins. De celle-ci découlerait une plus moins grande faculté d’intégration des populations arrivant d’autres pays. En Lorraine, cette notion de communauté de destins nous paraît assez forte, alors qu’elle est quasi inexistante en Alsace. Chez nous, la situation semble ainsi différente. Des personnes qui ne sont pas nées en Lorraine se sentent Lorraines, depuis qu’elles y résident. C’est peut être cela le secret de la communauté de destins. 

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