Cité Radieuse de Briey : retour vers le futur

Il n’existe que cinq immeubles de ce type dans le monde. Briey a la chance de posséder une Cité radieuse élevée par le célèbre architecte suisse Le Corbusier. Symbole d’un idéale et d’une façon de penser la vie en communauté, la « machine à habiter » de Briey-en-Forêt a enfin repris des couleurs et un nouveau départ, après avoir traversé moult péripéties. Rendons donc hommage à cette œuvre majeure. Retour vers le futur à la Cité Radieuse de Lorraine ou témoin d’une sérénité et d’une quiétude retrouvée … 

Cité Radieuse Briey

La Cité Radieuse de Briey, oeuvre de Le Corbusier (Crédits photo : Meurthe-et-Moselle Tourisme) 

La façade de l’immeuble évoque un gigantesque tableau de Mondrian depuis que les peintures encore fraîches lui ont redonné bonne mine. Il paraît d’ailleurs qu’à l’origine, les couleurs avaient été choisies de manière aléatoire, en jetant tout simplement une poignée de grains de riz sur le plan. Rien que des couleurs primaires et du végétal. Du rouge, du brun, du bleu, du vert et du jaune. Pourtant la conception de la Cité Radieuse de Briey-en-Forêt ne tient en rien du hasard, mais témoigne plutôt d’une pensée, d’une idée, celle d’un génie visionnaire et avant-gardiste qui a révolutionné l’architecture et sa manière de l’appréhender.  Du haut de ses 17 étages, l’esthétique du bâtiment enchante encore de nos jours les designers et plus généralement, tous les amoureux du travail du Corbusier, peintre des ombres et des formes. Les plafonds bas des logements procurent des impressions optiques de longueur de « taille humaine ». Tout avait été soigneusement conçu et calculé. L’architecte avait ainsi mis au point une grille standard, le « modulor », à partir des mensurations d’un homme. 

Inaugurée en 1961, l’unité d’habitation de Briey-en-Forêt, qui compte 249 appartements, a été élevée en deux ans à une époque aujourd’hui révolue où les mines de fer et les bases de l’OTAN tournaient à plein régime. Mais cette architecture volontairement brutale, innovante et révolutionnaire, où le béton de la façade était à nu, les couloirs intérieurs larges, sombres et découpés par une interminable enfilade de portes étroites, ne fut pas comprise par tout le monde. Les anciens de Briey-en-Forêt se souviennent ainsi encore de cette période noire où les « brav’s gens » avaient fait au quartier une bien sinistre réputation. La structure, qu’on appelait alors la « verrue », est ainsi passée tout près de la démolition. Elle fut finalement sauvée par une poignée de passionnés et l’arrivée d’un nouveau maire conscient de la valeur de ce formidable patrimoine. Le phénix Cité Radieuse commença alors à renaître de ses cendres.   

Il reste encore de nos jours quelques fragments bien vivants et tenaces de l’incroyable utopie d’un architecte et de son œuvre. Tous les occupants sont ainsi obligés de se croiser, dans la mesure où l’immeuble ne dispose que d’une seule entrée et de deux grands ascenseurs, pour près de 900 pensionnaires en journée, soit environ 17 % de la population de Briey. Une configuration qui oblige tout le monde à se parler et à se dire bonjour. 

La Cité Radieuse de Briey est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. La fameuse Première rue qu’elle renferme, sauvegardée dans son aménagement d’origine, constitue aujourd’hui un patrimoine protégé. Mais nous aimerions bien que ce dernier soit reconnu par l’UNESCO et inscrit au patrimoine mondial de l’humanité. 

Nous laisserons enfin les mots de la conclusion de cet article à Le Corbusier, pour qui « l’architecture est le jeu savant, correct et magnifique des volumes rassemblés dans la lumière ». Tout est dit.

3 réflexions au sujet de “Cité Radieuse de Briey : retour vers le futur”

  1. Tout cela est bien vrai. Je regrette simplement que le bâtiment « lié » à cette Unité d’Habitation (je veux parler de l’ancienne chaufferie) soit toujours oublié. On n’en parle jamais, pourtant il est aussi signé Le Corbusier, il en possède aussi les caractéristiques et qualités, je l’ai aussi sauvé de la destruction (seul), je l’ai restauré et transformé en espace d’art et habitation, et il a été inscrit aux monuments historiques (en 2007). Et, cerise sur le gâteau, il est unique!

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