Courcelles-Chaussy, cité impériale et romantique

Autrefois séparés par le Haut Chemin, les hameaux de Courcelles et de Chaussy ne formèrent plus qu’un au cours du Moyen-âge. Les communes de Landonvillers et de Pont-à-Chaussy furent respectivement rattachées à la bourgade le 1er janvier 1973 et le 7 août 1982. Découvrons aujourd’hui le riche héritage historique de cette surprenante cité lorraine de 3 500 habitants.

Chateau Landonvillers

Le Château de Landonvillers (Crédits photo : Marc de METZ pour le Groupe BLE Lorraine)

Notre visite commence par le Château d’Urville, de style renaissance. C’est l’empereur Guillaume II qui le rendit célèbre en en faisant l’acquisition en 1890. La légende veut que le maître tanneur messin Romain Sendret, qui le vendit au Kaiser à son insu, en soit mort de chagrin. L’empereur y séjourna à quatorze reprises lorsqu’il venait visiter son Land annexé. Outre ce somptueux édifice, Courcelles-Chaussy recèle bien d’autres trésors, à l’image du temple protestant de style néo-gothique, élevé par l’architecte berlinois Tornow et inauguré le 17 octobre 1895 par l’empereur lui-même. Ce dernier fit également construire dans l’ancien quartier huguenot, l’Augusta Victoria Stift, un pensionnat évangélique pour jeunes filles de l’aristocratie allemande. L’établissement connut une grande renommée jusqu’en 1916, date à laquelle il ferma ses portes, notamment à cause de la guerre. Depuis 1990, le pensionnat, rebaptisé maison de Clervant, accueille des personnes âgées en tant qu’unité de vie. Construite en 1873, la gare de Courcelles-Chaussy permettait à Guillaume II de se rendre au Château d’Urville, où il aimait chasser. La gare est devenue depuis la caserne des sapeurs-pompiers volontaires. La commune lorraine, véritable cité impériale sous le Reich, abrite également trois cimetières, un catholique, un protestant et un israélite. Mais le véritable joyau de Courcelles-Chaussy est sans nul doute le merveilleux Château de Landonvillers, sorti tout droit d’un conte de fée ou d’un film fantastique. Il domine un parc de 20 hectares, qui fut autrefois un jardin paysager à l’anglaise. L’atmosphère qui règne autour de ce prestigieux édifice est vraiment extraordinaire, surtout lors de la brume matinale un jour d’automne. C’est Thomas de Chat, seigneur de Landonvillers, qui fit bâtir le château à la fin du XVIème siècle. Il passa successivement entre les mains de nombreuses familles lorraines, avant que le riche industriel allemand John von Aniel, originaire de Westphalie, ne l’achète en 1891, afin de se rapprocher de son ami l’empereur Guillaume II. John von Aniel y fit ajouter en 1903 une importante aile de style néo-renaissance, richement décorée en pierre de Jaumont. Il fit ensuite élever le donjon d’habitation carré dans l’esprit du Moyen-âge, ainsi qu’un beffroi de cinquante mètres, dans le but de pouvoir contempler l’impératrice Augusta-Victoria au Château d’Urville, dont il était secrètement amoureux. C’est en tout cas ce que raconte une légende romantique. Dans la plus haute salle du donjon, le propriétaire actuel du château, Norbert Vogel, a installé un musée d’icônes. Deux cents pièces originaires de la Russie des Tsars y sont présentées.

Si vous décidez un jour de vous arrêter à Courcelles-Chaussy, n’hésitez pas à passer par la maison d’hôtes de Landonvillers. Vous serez séduit par son ambiance et son charme, d’autant plus qu’une bien jolie rivière s’écoule derrière. Cet ancien moulin à grain du XVIIème siècle, devenu usine d’électricité pendant l’annexion allemande, puis scierie, accueille désormais les visiteurs. Trois chambres thématiques sont proposées. 

Vous pourrez de même flâner au bord de l’Etang du Bois de la Générose. D’une superficie de 2,5 hectares, c’est le véritable paradis des pêcheurs. Afin d’y recréer un écosystème plus complexe et de rendre ce lieu de rendez-vous encore plus écologique, de nombreuses plantations, des hauts-fonds et une petite mare annexe ont été entrepris.   

La ville abrite enfin l’établissement public local d’enseignement agricole et horticole. Ce dernier a dernièrement décidé d’ouvrir un atelier de maraîchage biologique, qui pourrait bien avoir des répercussions à long terme sur le développement territorial, l’insertion professionnelle ou encore la coopération internationale. La production y a commencé sur trois hectares, mais la surface d’exploitation sera plus importante par la suite. Bien qu’il n’existe à l’heure actuelle que 17 producteurs lorrains ayant opté pour un tel choix, l’objectif de l’atelier est de produire des légumes biologiques en plein champ, afin d’approvisionner les cantines scolaires et de faire travailler la main d’œuvre locale. Une très belle initiative. 

(Source : presse régionale)

5 réflexions au sujet de “Courcelles-Chaussy, cité impériale et romantique”

  1. Passionné d’art et d’histoire, Norbert Vogel, propriétaire du château de Landonvillers, a rassemblé au fil des années l’une des plus importantes et extraordinaires collections d’icônes anciennes d’Europe. Certains privilégiés ont déjà pu l’admirer dans le cadre de son étonnante demeure que n’aurait pas renié Louis II de Bavière. La collection personnelle de ce véritable passionné présente ainsi des pièces datant du XVIIème au XXème siècle, qui, pour la plupart, proviennent de Russie. Une chance pour la Lorraine.

  2. La petite ville de Courcelles-Chaussy, située à 20 km à l’Est de Metz, est passée de 2 391 habitants en 1999 à 3 008 en 2009 grâce à une série de lotissements et la réhabilitation d’anciens logements, notamment des granges. Une croissance annuelle de 2,3 % et de 25,8 % en 10 ans digne des communes les plus dynamiques de Midi-Pyrénées. La saturation du pourtour messin et le cadre de vie expliquent le succès démographique de cette charmante commune de la campagne qui possède les principaux commerces et services de santé. Face à cet afflux, Courcelles-Chaussy a dû s’adapter : 3 classes ont été rouvertes, un périscolaire a été construit pour accueillir une centaine d’enfants et la station d’épuration qui avait 40 ans et qui était dimensionnée pour 3 000 habitants a été refaite. Elle peut désormais en absorber 4 000.

  3. Avec son temple et son cimetière protestants, Courcelles-Chaussy est considéré comme un haut lieu du protestantisme en Pays Messin. Cependant, le bourg a aussi la particularité de posséder une église et un cimetière catholiques, ainsi qu’une synagogue datant de 1863, détruite en 1963, et un cimetière israélite. C’est aussi et surtout une commune où il fait bon vivre, auréolée de trois fleurs au Concours des Villes et Villages fleuris. En plein cœur du bourg, le parc municipal, d’une superficie de 1,30 hectare, accueille en effet les visiteurs à l’ombre de ses arbres centenaires : un chêne de près de 200 ans, un marronnier de 120 ans, des frênes et des buis centenaires, mais aussi des tilleuls, des érables, des ifs, des acacias, ainsi qu’un séquoia. Son plan d’eau de 500 mètres carrés a été entièrement réaménagé au printemps 2012.
    Le Château de Landonvillers et la collection d’icônes
    Le Château de Landonvillers est une ancienne maison seigneuriale du XVIème siècle construite par Thomas du Chat. Il abrita jusqu’à la révolution française de nombreuses familles nobles. Le manoir fut rebâti en 1873 dans le style classique français du XVIIIème siècle par Charles-Joseph de Bouteiller. Ce dernier, qui acquit l’édifice, y aménagea également un parc. Le Dr Jean von Haniel, notable allemand, racheta la demeure en 1891 et s’y installa en 1895. Après une visite des travaux de restauration du Château du Haut-Koenigsbourg en Alsace, il demanda à l’architecte de Guillaume II, Bodo Ebhardt, de lui ériger un grandiose donjon d’habitation carré et un beffroi élancé de 50 mètres de haut. Le château fut ainsi radicalement transformé entre 1903 et 1905. Un important bâtiment fut également ajouté côté rue
    L’édifice est aujourd’hui la propriété privée de Norbert Vogel, psychothérapeute et écrivain. Celui-ci fut profondément touché à l’âge de quatre ans par la beauté et l’aura de la seule icône que possédait son père. Ce dernier l’avait reçue en remerciement pour avoir sauvé un soldat russe pendant la guerre. Ce fut le début d’une passion qui permit de rassembler en quelques décennies une collection unique en Europe, par la rareté des sujets et la beauté des œuvres, qui couvre une période du XVème au XXème siècle. Entre 1970 et 1990, alors que les icônes ne rencontraient plus qu’un faible intérêt sur le marché de l’art, Norbert Vogel sauva de l’oubli et de la destruction un grand nombre de chefs-d’œuvre. Ces peintures remarquables ont trouvé un écrin idéal dans l’étonnant Château de Landonvillers. Des citations romanes, gothiques, Renaissance, voire Art Nouveau y fusionnent en un éclectisme onirique que n’aurait pas renié Louis II de Bavière. Le Musée privé d’icônes anciennes et le château sont ouverts à la visite.
    Le Château d’Urville
    Le Château d’Urville est connu pour avoir été la propriété de Guillaume II de 1890 à 1918, où il séjourna. Deux vestiges témoignent encore du château primitif construit au XVème siècle : le colombier sur arcades muni d’archères canonnières, une architecture très rare en Lorraine, ainsi qu’une taque de cheminée datant de 1577 aux armoiries de Créhange et de Raville.
    La Maison de Clervant
    Sur l’emplacement du Château de Clervant et sur l’impulsion du pasteur Fritz Hoffet, Guillaume II fit construire en 1902 le pensionnant « Augusta Victoria » qui accueillit jusqu’en 1916 des jeunes filles allemandes protestantes désireuses d’apprendre le français.
    Après différentes destinations et restaurations, le bâtiment est devenu en 1990, la Maison de Clervant, unité de vie pour personnes âgées. Son nom immortalise le Comte et la Comtesse de Clervant, nobles huguenots, et transmet la mémoire du protestantisme liée à l’histoire du village. La porte d’entrée est surmontée d’une frise qui présente trois visages : celui d’une jeune femme, un autre d’une d’âge mûr et celui d’une vieille dame. Cette maison est aujourd’hui un Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) qui peut accueillir jusqu’à 71 résidents, contre seulement 18 auparavant. Une partie des locaux est consacré à la maladie d’Alzheimer.
    Le Temple protestant
    De style néogothique, le temple protestant s’élève au cœur de l’ancien Courcelles traversé par le Ravenez, à proximité de l’hôtel de ville, dont il est séparé par une fontaine. Il fut inauguré le 17 octobre 1895 par l’Empereur Guillaume II et l’Impératrice Augusta-Victoria. Le Kaiser s’investit personnellement dans son édification qu’il finança entièrement de sa cassette personnelle. Sa construction fut confiée à Paul Tornow, architecte à la Cathédrale de Metz. Le temple reprend les caractéristiques du gothique flamboyant en usage au XVème et au début du XVIème siècle. Il renforça la vitalité de la communauté huguenote. Courcelles-Chaussy redevînt en effet un haut lieu du protestantisme en Pays Messin. L’édifice a été rénové pour son centenaire en 1995. La commune prévoit de refaire la toiture dans les prochaines années.

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