L’Histoire refait surface à Lubey

Le crash d’un appareil de la Luftwaffe, qui a frappé le cœur du village de Lubey le mercredi 8 novembre 1939, n’a pas encore effacé des mémoires les stigmates de ce qui fut appelé la « drôle de guerre. Retour sur une journée en enfer dans ce coin de Lorraine. 

Depuis le 3 septembre 1939, date de la déclaration de guerre, des appareils de reconnaissance allemands survolent le territoire français, afin de collecter un maximum de renseignements sur les terrains d’aviation et les bases militaires. Le « Crayon Volant », un Dornier  DO 17 P allemand destiné à l’origine au transport de passagers mais transformé par la suite en bombardier rapide ou en appareil de reconnaissance, s’était infiltré en début de cette matinée de Thionville en direction de la région parisienne. Il volait à environ 9 000 mètres d’altitude. Le rôle d’un tel appareil était de prendre des photographies de tous les ponts, routes et bâtiments juste avant l’attaque des Allemands. Repéré par les postes d’écoute, il est attendu au retour. Il fut ainsi intercepté par des pilotes du 13ème Squadron de la Royal Air Force (RAF), basé à Rouvres-en-Woëvre. Le pilote néo-zélandais Edgar James Kain eut l’honneur de l’abattre. Des trois membres d’équipage de la Luftwaffe, un seul pourra être identifié. Les malheureux occupants du « Crayon Volant » furent littéralement déchiquetés, leurs corps pulvérisés. A 10h15, le centre de la rue principale de Lubey offre un bien terrible spectacle d’apocalypse. Un villageois s’appliqua à réunir les restes des militaires allemands dans deux lessiveuses. Le maire de l’époque, eut alors la sagesse d’offrir une sépulture décente dans le cimetière communal au pilote, l’Oberleutnant Kutter, à l’observateur l’Oberfelwebel Stuhler, et au mitrailleur arrière, l’Obergefreiter Scheidmüller. La Wehrmacht procéda au rapatriement des dépouilles durant l’Occupation. Lubey marqua la première des 17 victoires du jeune Kain, né le 27 juin 1918 à Hastings, en Nouvelle-Zélande, qui devint une véritable légende dans son pays. Il accumula en effet les exploits à bord de son Hawker Hurricane durant la bataille de France, si bien qu’il fut décoré à 21 ans de la Distinguish Flying Cross. Malheureusement pour lui, l’as de la RAF périt, à l’âge de 22 ans, le 7 juin 1940, lors d’une démonstration d’acrobatie sur l’aérodrome civil d’Echemines dans l’Aube. La sépulture de celui qu’on dénommait « Cobber » se trouve encore aujourd’hui au cimetière canadien de la Royal Air Force de Choloy-Ménillot, près de Toul.

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Une équipe de la BBC, accompagnée de Peter Ayerst qui est aujourd’hui le dernier pilote encore en vie du 73ème squadron ayant côtoyé Cobber Kain, s’est dernièrement rendue à Lubey, afin de tourner un documentaire sur la Seconde Guerre Mondiale. A cette occasion, des fouilles, sur une surface de plus de 24 mètres carrés et une profondeur d’1,50 mètre, ont été entreprises par des archéologues spécialisés sous la route pour retrouver les restes de l’avion allemand abattu en 1939. D’ailleurs, la façade du numéro 22 de la rue de Verdun garde l’un des derniers stigmates encore visibles du crash. Une partie de l’avion l’a en effet percuté avant de s’écraser. L’endroit précis du crash avait ainsi pu être localisé grâce à des photos anciennes. En 1939, après le drame, seuls les gros morceaux avaient été déblayés, laissant entrevoir la possibilité de retrouver des débris à quelques mètres sous terre. Et c’est ce qu’il arriva. Divers petits morceaux de moteur tordus, ainsi que de nombreux câbles ont été découverts, tout comme des éléments plus conséquent de l’appareil. Une balle gravée de la date 1938 a même été dégagée. Le documentaire, qui comportera trois parties, devrait être diffusé sur la BBC durant l’été 2010, afin de commémorer le 70ème anniversaire de la bataille d’Angleterre. 
(Source : presse régionale) 

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