La Lorraine se cherche à Paris

La Lorraine a dernièrement lancé à Paris une véritable entreprise de séduction auprès des responsables des rubriques loisirs, tourisme et artistique des médias français, avec pour principal objectif de faire tomber les idées reçues et de ranger définitivement au placard les vieux clichés qui ont la vie dure. Dans cette optique, l’option récemment retenue par le Comité Régional du Tourisme (CRT) consistait à mettre en place des opérations décalées, afin de retenir l’attention. Le CRT avait alors décliné une campagne de communication au message obscur autour de la Lune. Si l’ergonomie et le design des affiches et des pancartes étaient très bien soignés, la portée du texte laissait le curieux plutôt dubitatif. L’information avait du mal à passer et à sensibiliser. Une nouvelle promotion a donc été conçue, plus particulièrement pour le « salon » parisien. Elle se base essentiellement sur quatre boîtes de 2,20 sur 2,20 mètres qui proposent une immersion sensorielle dans les quatre saisons d’une province qui veut être aimée. Même si les efforts sont louables et appréciables, les résultats sont parfois désespérants comme le signalent certains. Par exemple, ce fut le cas l’année dernière au moment du vote de l’association française des journalistes de tourisme pour désigner la ville d’accueil de son assemblée générale. Si Metz était sur les rangs, la première ville de Lorraine ne récolta tout simplement aucun suffrage. Tous se portèrent sur Sète, comme une évidence, héliotropisme oblige.   
Le problème lorrain semble profond. Il est à a fois culturel et touche à la manière de communiquer. Car selon de nombreuses agences de communication et de promotion, notre belle province est beaucoup trop modeste. Ce qui tient d’une qualité s’avère en réalité être un handicap sévère pour son image, dans la mesure où elle possède des « choses extraordinaires mais elle n’arrive pas à en parler ». Une sorte de paradis perdu, de cocon confiné. Pourtant, dans son numéro estival, le Figaro Magazine, grand prescripteur des tendances touristiques, plaçait la Lorraine parmi les destinations dans l’air du temps. La crise aurait ainsi changé la donne en mettant à mal les endroits résolument tapageurs au profit d’une Lorraine disposant de « vraies valeurs, avec de très bons produits du terroir et où les gens sont toujours bien reçus ». De même, beaucoup de visiteurs arrivent chez nous méfiants, dans cette « Sibérie triste et grise ». Ils en repartent cela dit « charmés par la richesse patrimoniale, les paysages fabuleux et la gentillesse des gens ». Mais il faut reconnaître que le prix est aussi un argument qui plaide en faveur de la Lorraine. En effet, très peu de provinces, pour ainsi dire même aucune, ne proposent des séjours de ski de 8 jours et 7 nuits à 215 euros par personne, comme c’est le cas à La Bresse dans les Vosges. La tendance est ainsi à l’heure actuelle aux petites stations plus familiales, plus conviviales et où il n’y a pas besoin de réserver un an à l’avance comme c’est le cas dans les usines à gaz des Alpes, qui dénaturent le paysage. La Lorraine, c’est en effet une formidable occasion de ses changer du rouleau compresseur du tourisme de masse.  


Une autre difficulté majeure réside dans le fait que la Lorraine doit avant tout séduire les Lorrains eux-mêmes, qui ont une image mitigée de leur province et qui ne peuvent généralement pas en être de véritables ambassadeurs. Les richesses de cette dernière constituent ainsi pour le Lorrain lambda autant de trésors qui s’ignorent. Cependant, que dire encore de nombreux journalistes parisiens complètement incultes au sujet de notre province. Pour ces derniers, qu’ils soient spécialisés dans le tourisme ou non, la Lorraine n’existe pas, ou peu. Un constat tout bonnement édifiant, mais qui ne nous étonne guère. Certains signes ne trompent pas. Par exemple, la plupart ignorent que le Centre Pompidou-Metz ouvrira ses portes au public dans à peine huit mois, quand d’autres placent géographiquement la première ville de Lorraine en Allemagne ! Alors certes, il y a encore des efforts énormes à faire en termes de communication côté lorrain, mais il ne faut tout de même pas pousser le bouchon trop loin. Les « spécialistes » parisiens jugent que notre province souffre d’un cruel manque de confiance en elle et qu’elle n’est pas assez excentrique à leur goût. Et puis quoi encore ? Comme dirait l’autre, faudrait maintenant quand même pas se foutre une plume dans le derrière pour parader sur les Champs-Élysées, dans cette société faite de superflue et de trompe l’œil où seule l’apparence compte ? Il faudrait de même savoir, car d’un côté on vante nos « vraies valeurs » et de l’autre on nous demande de nous dénaturer. Quel étrange paradoxe, vous ne trouvez pas ? C’est peut-être aussi celui d’un territoire qui a du mal à se positionner. Dans ce domaine, la gastronomie pourrait cela dit porter ses fruits. La Lorraine est en effet très bien pourvue avec les mirabelles, les macarons, la bergamote, la tête de veau, la potée, la charcuterie, le pain d’épice de la Saint-Nicolas et le gibier, pour ne citer que ces aspects là. C’est de même l’un des rares endroits où l’on sait dignement fêter Noël. 
Enfin, s’il est exacte que la Lorraine souffre d’un manque cruel de communication, il serait également plus que nécessaire que nos « amis » des autres régions, notamment les habitants d’une ville assez grande coincée entre Rouen, Beauvais, Reims et Orléans, fassent preuve d’un minimum d’intérêt et de curiosité. Car, comme le rappelle le bon vieux dicton, « il n ‘y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ». La Lorraine a encore assez d’honneur pour se mériter. Le visiteur peut la découvrir et la parcourir par lui-même sans qu’on ait besoin constamment de lui tenir la main. 
Toujours est-il que nous pouvons que regretter cette constante standardisation par le bas, du fait entre autres de la mondialisation et des échanges communautaires, des mœurs, de la culture, … Peut-être qu’un jour la société (de consommation) retrouvera des valeurs essentielles comme l’humilité, le respect et la sincérité. Peut-être qu’à ce moment là, la Lorraine trouvera sa place tout naturellement, sans avoir besoin de se travestir et encore moins de se prostituer, dans le concert des grandes destinations touristiques. 
(Source : le Figaro Magazine, presse régionale) 

Laisser un commentaire