La Lorraine et l’Alsace unies contre la fusion !

Parmi les nombreuses propositions formulées dans le rapport Balladur, s’il y en a une qui fait la quasi unanimité contre elle, c’est bien celle qui prône, dans le cadre de la réduction du nombre des régions, la fusion entre la Lorraine et l’Alsace. C’est en tout cas ce que clament les deux présidents des conseils régionaux. S’il doit avoir un point sur lequel les Lorrains et les Alsaciens sont d’accord, c’est assurément contre le projet de la commission présidée par Balladur sur un éventuel rapprochement des deux territoires. Lorrains et Alsaciens n’ont en effet guère besoin d’un cadre juridique supplémentaire pour se mettre autour d’une table et débattre des problèmes et projets communs à leurs deux provinces. Ainsi, de part et d’autre des Vosges, nous n’avons pas attendu la publication de telles idées pour mettre en place, à travers une coopération bilatérale et un travail régulier au sein de l’Association des Régions du Grand Est, des coopérations concrètes, efficaces et adaptées. Les Lorrains et les Alsaciens ont donc fait la démonstration qu’il n’y avait, si l’on veut vraiment travailler ensemble, aucune utilité de fusionner, et que l’enjeu n’est pas institutionnel. Ce qui compte, c’est avant tout de réaliser les projets communs, qui font avancer les deux provinces. La Lorraine doit rester la Lorraine, et l’Alsace doit rester l’Alsace. Point. Et les deux élus d’ajouter: « il vaut à nos yeux mieux arrêter tout type de spéculation sur une fusion aventureuse, idée gratuite, qui n’a d’autre intérêt que de faire diversion par rapport aux véritables enjeux de nos territoires ». Le président du conseil régional de Lorraine ira même jusqu’à dire que cette fusion est « une idée abracadabrante et scandaleusement bête ». Rien à ajouter. La Lorraine et l’Alsace préfèrent donc à juste titre une ouverture vers les pays voisins, comme par exemple le Luxembourg, la Sarre ou encore la Wallonie pour ce qui concerne notre belle province.
De même, selon François Roth, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université de Nancy 2 et auteur de L’Alsace-Lorraine, histoire d’un pays disparu, une telle fusion risque en effet de « soulever des tempêtes ». Et les raisons historiques sont légions : Guerre dite des paysans (1524-1526) entre Lorrains et Alsaciens, annexion des trois départements alsaciens-mosellan entre 1870 et 1914 et pendant la Seconde guerre mondiale, ressentie comme un véritable « abandon » de la France,… Mais aussi, indique l’historien, parce que cela poserait d’emblée le problème de la capitale, qui serait a priori Strasbourg, c’est-à-dire une capitale très décalée géographiquement et très « alsacienne ». De plus, les trois départements alsaciens-mosellan ont hérité de leurs périodes allemandes un droit local particulier et un régime concordataire pour les religions. Ils ont des particularismes linguistiques, législatifs, ainsi qu’en matière d’éducation. Ils sont enfin très attachés à leur « sécu », héritée de Bismarck, bien plus généreuse pour les allocataires et en meilleure santé que dans le reste de la France. 

Cela dit, côté lorrain, deux thèses s’affrontent, à savoir une ouverture sur le Luxembourg et le Land allemand voisin de la Sarre, ou l’intégration dans un grand ensemble Nord-Est prônée sans raison aucune par un certain Hénart qui rassemblerait aussi la Franche-Comté et la Bourgogne et qui serait encore plus absurde qu’une fusion avec l’Alsace. Bref, la croisade pour sauver la Lorraine de sa disparition continue ! 

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