Quand les Lorrains rencontrent la Lorraine

Le Conseil Economique et Social (CES) de Lorraine avait commandé il y a quelques mois une grande enquête sur la perception que les Lorrains ont d’eux-mêmes et de leur province. Les premiers résultats viennent tout juste de tomber. Un échantillon représentatif de 670 individus, établi selon la méthode des quotas, a ainsi été passé au crible et auditionné par une équipe de chercheurs. Un second échantillon de 237 personnes, constitué au sein de la société civile, c’est-à-dire des membres d’associations, de syndicats, d’organisations professionnelles ou consulaires par exemple, a été pris en compte lors de 14 tables-rondes. Il ressort de cette étude que les Lorrains se voient avant tout comme des êtres porteurs de valeurs populaires, comme le courage, la solidarité et l’humilité, dont ils se disent fiers. Le Lorrain est en effet emprunt d’humilité, une qualité qui devient vite un défaut en termes d’image. Plusieurs caractéristiques feraient en outre et essentiellement la notoriété de la Lorraine, à savoir, un fruit exceptionnel, la mirabelle, une activité industrielle gigantesque associant l’ombre (la mine) au feu (la sidérurgie), ainsi qu’un magnifique patrimoine architectural symbolisé par un nom, Stanislas. Les Lorrains seraient par ailleurs conscients de leurs forces, à savoir être au cœur de l’Europe et avoir une économie diversifiée, mais également de leurs faiblesses, relatives à des traumatismes persistants, une certaine forme de somnolence faisant référence à des acquis désuets et un amateurisme évident en matière de communication. Les chercheurs ont de plus pu constater une réelle ambivalence des Lorrains, sans cesse tiraillés entre tradition et modernité, ainsi qu’un manque d’estime de soi. Cependant, ils ont également trouvé une vraie dimension de fierté, dans la mesure où 64,9% des Lorrains pensent par exemple qu’il existe une véritable identité lorraine. Ces derniers en ont aussi plus que ras-le-bol des clichés qui les caractérisent et qu’ils réfutent catégoriquement. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer la sidérurgie traînée comme un boulet, un environnement morne, un manque d’attraits visibles et de qualification et une certaine tendance à l’auto flagellation. 58,7 % des Lorrains estiment à juste titre que la question de l’image est essentielle pour susciter des initiatives et surmonter les obstacles. Afin justement de dépasser ces stéréotypes qui leur collent à la peau, les Lorrains en appellent à l’action. Pour eux, il serait grand temps de se retrousser les manches et d’arrêter de se plaindre pour restaurer une bonne fois pour toute l’image du territoire. Ils dénoncent enfin la politique du coup pour coup, portent un jugement sévère sur la bataille des petits chefs et prônent au contraire un projet véritablement collectif. 

Les résultats de cette étude très intéressante font déjà dire à certains que cela fait plaisir de voir que les Lorrains se réveillent enfin et qu’ils aient le courage de regarder la réalité en face. Il faut ainsi immédiatement arrêter de dévaloriser notre image et être au contraire imaginatifs et faire du lobbying, tant politique qu’économique.      

Il convient cela dit d’apporter plusieurs nuances à cet ensemble jusque-là très consensuel. D’une part, un effet générationnel serait à mentionner, dans la mesure où une distance non négligeable tend à s’installer entre les plus âgés, plus sensibles à l’idée d’un déclin lorrain et plus renfermés sur eux-mêmes, et les plus jeunes, davantage convaincus des atouts structurels de la Lorraine et plus ouverts sur leurs voisins. D’autre part, il y aurait un effet diplôme, qui fonctionnerait à peu près dans le même sens que la remarque précédente, mais d’une manière beaucoup plus tranchée. Enfin, un certain effet départemental serait à prendre en compte. Ainsi, si nous pouvons au regard de ces résultats, noter une sorte de partition de la Lorraine en deux sous-ensembles, à savoir, et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les Vosges et la Meuse d’un côté, la Meurthe-et-Moselle et la Moselle de l’autre, cela ne saurait cependant masquer deux singularités majeures, peut-être symétriques d’ailleurs : une certaine forme d’identité vosgienne s’ancrant à un territoire facilement identifiable, à la fois identité pour soi et identité pour autrui, mais aussi une identité pour soi meurthe-et-mosellane, plus volontariste et portée par des valeurs populaires, en contradiction avec le discours régulièrement entendu que la Meurthe-et-Moselle n’existerait pas. Par contre, l’identité mosellane serait quand à elle plus diffuse et composite. 

Pour conclure cet article, nous vous proposons quelques statistiques intéressantes ressorties au cours de l’enquête. Si la Lorraine se résumait à un monument qui témoignerait de son rayonnement, elle serait sans surprise la place Stanislas pour 32,3% des Lorrains, loin devant la cathédrale de Metz (18,4%), encore plus du château de Lunéville (4,4%) et des sites de Verdun Douaumont (4,3%). Au niveau des spécialités et de la très riche gastronomie lorraine, pas de surprise là non plus, la quiche lorraine reste l’emblème indétrônable pour 43,4% des Lorrains, loin devant la mirabelle (13,7%), le pâté lorrain (8,6%), la bergamote (5,1%), la tarte à la mirabelle (3,8%), les macarons (3,6%), le schnaps (3,3%) et la potée lorraine (2,6%). Au niveau des productions en tout genre, c’est la mirabelle qui incarnerait le mieux le rayonnement de notre province pour 30,3% des Lorrains, devant des industries nettement plus lourdes comme la métallurgie (17,5%) ou l’exploitation du charbon et du fer (8,7%), l’automobile (4,5%) et les émaux de Longwy (3,7%). A noter que le schnaps avec 3,4% des suffrages arrive devant le textile (2,9%) ! Pour 36,4% des Lorrains, ce sont les fêtes de la Mirabelle de Metz qui marqueraient la plus importante manifestation lorraine, devant la Saint-Nicolas (10,5%), le Nancy Jazz Pulsation (4,3%), le festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges (3,3%), le festival Renaissance de Bar-le-Duc (3,2%), les manifestations de protestations (2,8% !) et le Mondial Air Ballons (2,4%). Au niveau des personnages et des personnes qui incarneraient le mieux le rayonnement de la Lorraine, 14,1% des Lorrains pensent à un Polonais, à savoir le Duc Stanislas Leszczynski. Celui-ci devance nettement Robert Schuman (9,7%), Jeanne d’Arc (6,3%) et Saint-Nicolas (5,8%). 

Portrait chinois de la Lorraine par les Lorrains : 

Si la Lorraine était un animal, elle serait un lion. 

Si la Lorraine était un outil, elle serait un outil artisanal. 

Si la Lorraine était une fleur, elle serait une rose ou un chardon. 

Si la Lorraine était un sport, elle serait du football. 

Si la Lorraine était un style musical, elle serait de la musique classique. 

Enfin, si la Lorraine était une voiture, elle serait évidemment notre Smart nationale !

1 réflexion au sujet de “Quand les Lorrains rencontrent la Lorraine”

  1. Trés bon article qui mets bien en évidence ce que beaucoup doutés depuis longtemps…un flagrant penchant pour l’autoflagelation des lorrains sur leur propre régions,qui est bien sur disproportionné et inutile !

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