La chapelle Sixtine lorraine

Nouvelle halte de notre parcours à Sillegny, en Moselle, où se cache une splendeur méconnue du patrimoine lorrain, à savoir l’église Saint-Martin, surnommé chapelle Sixtine lorraine en raison de ses magnifiques fresques du XVème et du XVIème siècle. Le pays messin constitue un espace d’influence qui a traversé les siècles, dont les richesses ont attiré toutes les convoitises. C’est au cours du XIVème siècle que la région de Metz s’érige en circonscription territoriale, réunissant 136 villages, soumis à la juridiction de la République Messine, véritable puissance commerciale et marchande. Il n’est donc pas étonnant d’y trouver une remarquable concentration d’églises fortifiées, la plupart construites sur les hauteurs à la périphérie des habitations. En effet, ces dernières protégeaient hommes et bétail des raides sanglants sur la cité messine et ses environs menés par les Français et les troupes des Comtes de Bar. La silhouette de ces édifices religieux et militaires implantés sur les côtes de Moselle fait désormais partie intégrante du paysage. Leur pièce maîtresse est une tour massive, parsemée de meurtrières, le plus souvent carrée, qui servait d’abris en cas d’attaque. Le climat d’insécurité des temps féodaux faisait ainsi de l’église le centre des communautés villageoises. Il subsiste aujourd’hui une vingtaine d’églises fortifiées et autant de fermes-châteaux dans le pays messin. Les plus belles se trouvent à Vaux, Lorry-Mardigny, Lessy, Arry, Marieulles-Vezon et bien sûr Sillegny. 

Ce petit village agricole de la vallée de la Seille abrite en effet un joyau de l’architecture gothique. Même si sa nef date du XVème siècle, ce sont surtout ses fresques et leur incroyable fraîcheur qui méritent le voyage. Elles évoquent le Jugement dernier, le Paradis et ses anges, l’Enfer et ses diables, l’Arbre de Jessé, l’histoire du Christ, de la Vierge, des apôtres et de tous les saints. Plus que de la peinture, les murs de l’église sont une véritable encyclopédie biblique. Ce livre ouvert aux yeux de tous servait à enseigner de manière naïve et émouvante le culte et la vie religieuse à une population encore largement analphabète. C’est pourquoi l’église fut « baptisée » chapelle Sixtine lorraine. Elle est de fait contemporaine de celle de Rome, peinte trente ans plus tôt par Michel-Ange. 
La légende raconte qu’en 1540 et à la demande du curé du village, un peintre italien ambulant décora l’église de peintures tirées des évangiles. Aujourd’hui, plusieurs hypothèses circulent toujours sur l’identité des artistes. La réalisation de ces dessins travaillés à l’œuf et à la colle est parfois attribuée à des peintres envoyés par les sœurs du cloître Sainte-Marie-aux-Nonnains de Metz. Elles furent recouvertes de badigeon vers la fin du XVIIIème siècle, ce qui permit entre autre de les conserver. Elles ne furent redécouvertes qu’en 1845 lors d’un grattage de l’abside et furent l’objet d’une première restauration, puis d’une seconde qui pris fin en 2004, révélant toute la délicatesse et la finesse de l’exécution ainsi que la beauté des illustrations.  Deux peintures sont particulièrement exceptionnelles par leurs dimensions et leur symbolique. Il s’agit tout d’abord de l’Arbre de Jessé qui mesure trois mètres soixante de large et sept de haut. Mais il est surtout important pour le message qu’il délivre : Jésus est de la famille des hommes. L’Arbre de Jessé est un thème très répandu. Il reproduit l’arbre généalogique du Christ. Le Jugement dernier est quant à le plus grand tableau de l’église Saint-Martin de Sillegny, puisqu’il couvre une superficie de 42 mètres carrés. Il représente le retour du Seigneur à la fin des temps, montrant ainsi en images comment nos ancêtres imaginaient  cet évènement relaté dans l’évangile selon Saint-Matthieu. En effet, la fin du Moyen-âge est marquée par une succession de fléaux tels que famine, peste, guerres. Ainsi, l’insécurité dans laquelle vivaient les hommes modifia leur façon de pensée. On ne concevra donc plus le retour de Dieu comme une attente sereine accompagnée de paix et de tendresse, mais comme un moment dramatique et impressionnant qu’il faut craindre. Le retour de Dieu était un symbole d’espérance. A Sillegny, la représentation fut fortement influencée par les fameux Mystères de la fin du Moyen-âge, de sorte que le Jugement dernier devient donc un événement épouvantable pour les damnés à qui l’on inflige supplices et châtiments divers. Tandis qu’à Rome, Michel-Ange termina les fresques de la chapelle Sixtine avec la création du monde qui se conclut par la création de l’Homme. Dieu lui tendant sa main pour lui transmettre la vie. A Sillegny, c’est donc au contraire le Jugement dernier qui a eu les faveurs des peintres. Quoi qu’il en soit, l’église de ce paisible village lorrain, est à tout point de vue remarquable et incontournable. 

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