Patrimoine caché, patrimoine en danger ?

La Lorraine recèle d’innombrables lieux secrets, cachés aux yeux du grand public. Nombre de demeures privées et de châteaux en ruine ne sont encore pas accessibles, ni même visitables. En témoignent le domaine de Hombourg-Budange, qui est pourtant l’un des rares fleurons de la Renaissance en Lorraine, la Basilique Saint-Vincent et le cloître Saint-Clément à Metz ou encore les fameux château-fort du Waldeck, du Falkenstein et du Grand Arnsbourg sur les pentes escarpées des Vosges du Nord, tous trois fermés pour raison de sécurité. Certains sites exceptionnels sont parfois ouverts une fois par an, lors des journées européennes du patrimoine. Certes, c’est toujours mieux que rien, ils pourraient être fermés toute l’année, mais le potentiel n’est que trop faiblement exploité, mis en valeur et réellement connut du grand public.

Pourtant, il faut connaître et remercier tous les efforts de restauration et de promotion de certaines associations en Lorraine. Loin d’établir ici une liste exhaustive de celle-ci, il est intéressant de remarquer le travail exemplaire opéré depuis une dizaine d’années sur le site de l’ancienne abbaye cistercienne de  Villers-Bettnach située sur la commune de Saint-Hubert en Moselle. Ce lieu dont l’origine reste encore mystérieuse et à l’atmosphère romantique, se trouvant dans le cadre bucolique du massif de la vallée de la Canner est aujourd’hui visitable après le défrichage des vestiges composés des anciens corps de bâtiment dont une porte monumentale et une chapelle restaurée. C’est exemple est remarquable à plus d’un titre, déjà par le simple fait de sauvegarder un bout du patrimoine lorrain. D’autant plus, qu’avec l’essor récent mais certain de l’activité touristique en Lorraine, la mise en valeur et la restauration des monuments historiques peut représenter une manne financière non négligeable pour certaines communes désireuses d’attirer des visiteurs de tous horizons. Cet argument économique à très bien été compris à Vic-sur-Seille, commune mosellane, qui investit depuis plusieurs années  déjà dans la sauvegarde de son patrimoine remarquable. Après la restauration du flamboyant Hôtel de la Monnaie datant du XVème siècle, devenu aujourd’hui office du tourisme, et de la place qui y est accolée, la création d’un musée départemental consacré à Georges de la Tour, célèbre peintre natif de la ville, ainsi que la restauration tout juste achevée du châtelet des Evêques de Metz en constitue un nouvel exemple. On retrouve des investissements similaires à Nancy avec la restauration du Musée Lorrain faisant suite à celle du Musée des Beaux-arts, à Metz avec la rénovation des Musées de la Cour d’Or et à Gravelotte avec la réouverture prochaine du Musée militaire.

Il est vrai que les divers travaux entrepris ont pu voir le jour aussi bien par un dynamisme démographique retrouvé pour certaines des communes concernées, que par un appel aux subventions aux différentes collectivités territoriales et européennes. Et ce nouvel intérêt clairement affiché pour le patrimoine est le bienvenu. Car l’actualité récente était plutôt morose ces dernières années. En effet, tous les Lorrains se rappellent encore les dramatiques incendies du château des Ducs de Lorraine de Lunéville en 2003, causant de graves dégâts et la destruction partielle de l’édifice, et celui de la Basilique Notre-Dame de Sion ayant ravagé son clocher la même année, dû à un court-circuit électrique. Aujourd’hui si tout a été restauré à Sion, la statue de la Vierge ayant retrouvé le sommet du clocher de la Basilique, le château de Lunéville est quant à lui le plus grand chantier patrimonial d’Europe.  Dernièrement, le château de Wasberg près de Creutzwald en Moselle était mis aux enchères. Il est désormais la propriété d’un cafetier retraité de Bouzonville, acquis pour la modique somme de 385 000 euros. L’heureux élu ne sait pas encore s’il l’ouvrira au public. S‘il pouvait au moins lui redonnait une seconde jeunesse, ça ne serait déjà pas mal. Le démontage brique par brique d’une maison seigneuriale du XVIème siècle à Saint-Avold suite à sa découverte sur un chantier immobilier, chantier qui menace toujours un four banal, illustre une nouvelle fois le péril qui pèse sur une partie du patrimoine lorrain. D’autant plus que la bâtisse médiévale en question attend encore d’être reconstruite sur un terrain qui reste à déterminer. Il convient donc à tous les Lorrains de prendre conscience des richesses architecturales de leur province, toujours debout comme autant d’offenses à l’Histoire malgré les lots de malheur et de destructions apportés par les guerres de tout temps. Mais n’oublions pas que ces colosses du passé ont parfois des pieds d’argile.  

4 réflexions au sujet de “Patrimoine caché, patrimoine en danger ?”

  1. Tant que l’archéologie de sauvegarde sera toujours aussi étriquée dans son cadre légal absolument dramatique (et souvent peu respecté, car très contraignant pour les investisseurs immobiliers et les entrepreneurs, surtout dans -ironie- les chantiers immobiliers à finalité touristique), beaucoup de petits bouts de patrimoine continueront à disparaître irrémédiablement. S’ils sont peu de choses pris séparément, leur addition dans le temps et l’espace pourrait pourtant permettre de bien mieux comprendre l’histoire de la province.
    J’ajoute qu’actuellement, et jusqu’en février, le Musée Départemental Georges de La Tour à Vic-sur-Seille accueille une exposition présentant vestiges et compréhensions nouvelles du bourg et de son histoire suite aux travaux de restauration récents. A voir!

  2. Plutôt d’accord avec ce qui est dit, je pense que la Lorraine n’a pas encore complètement conscience du patrimoine qu’elle possède et de son potentiel. Je pense aussi à l’abbaye de l’Etanche, entre autre, qui meurt dans l’indiférence en Meuse. Gageons que si le chemin est long la Lorraine avance dans le bon sens de façon globale même si des drames sont encore à déplorer.
    Un point sur lequel je ne suis pas d’accord c’est le patrimoine renaissance de Lorraine qualifié de « rare » ce qui est manifestement faux.
    Si la vallée de la Loire cumule les châteaux, les édifices civils renaissance y sont moins nombreux qu’en Lorraine et ses multiples sites renaissance :
    – Château de Hombourg-Budange (qui meurt certes et une action médiatique soutenue serait à souhaiter)
    – Château de Montbras en Meuse
    – Château de Louppy-sur-Loison (Meuse)
    – Château de la Varennes à Haironville (Meuse)
    – Château de Fléville-devant-Nancy (Meurthe-et-Moselle)
    – Château de Ville-sur-Saulx (Meuse)
    – Hôtels renaissance de Saint-Mihiel
    – 250 immeubles civils renaissance de grande qualité à Bar-le-Duc
    – Ville vieille et palais ducal de Nancy
    – 3 immeubles à Sierck-lès-Bains (Moselle)
    – Plusieurs immeubles à Vic-sur-Seille (Moselle)
    – Village de Marville (Meuse)
    – Village de Châtillon-sur-Saône (Vosges)
    – Plusieurs édifices de Toul
    – Plusieurs édifices de Pont-à-Mousson
    – Château de Crainourt (Moselle)
    – Château de Mailly-sur-Seille (Meurthe-et-Moselle)
    – 1 demeure à Charmes (Vosges)
    – Château de Cons-la-Grandville (Meurthe-et-Moselle)
    – Village de Vézelise (Meurthe-et-Moselle)
    Je m’arrête là et ce n’est que le patrimoine renaissance alors prenons conscience de ce dernier qu’on sous-estime trop et prenons soin aussi de son environnement afin de changer d’image jusqu’au bout!
    Soyons fiers et curieux, ouverts et créatifs!
    Et pourquoi ne pas profiter de l’évènement « Nancy 2012 – Le temps de la Renaissance » pour créer un vrai réseau régional qui aurait alors un grand écho!!!
    Allez, du rêve à la réalité le pas est toujours à franchir!

  3. La Lorraine et les lorrains ignorent de nombreux trésors qui subissent les ravages du temps.
    Je citerais en plus:
    le chateau de Blâmont, le chateau d’Haussonville, le bastion de la Mothe (certes pas en Lorraine mais de patrimoine Lorrain quand meme), le chateau de Lenoncourt, le chateau d’Haroué, et beaucoup d’autres discrets tapis derrière des bosquets, bois et vallons .
    Un petit tour sur le site de DRAC Lorraine permet d’en avoir un aperçu
    http://www.culture.gouv.fr/dracs/lorraine/CARTOGEN/index.html

  4. La petite route qui mène à l’abbaye cistercienne de Villers-Bettnach, commune de Saint-Hubert, vaut à elle seule le détour. On se croirait sur un chemin sinueux des Vosges du Nord. C’est dans cet environnement de fond de vallée que se trouve l’édifice construit au début du XIIème siècle. Le cadre est verdoyant et dépaysant.

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