Nancy, je t’aime, moi non plus

 A l’heure où la Lorraine affichait un semblant d’unité au moment du projet universitaire lorrain dans le cadre du plan Campus ou encore lors de l’annonce des conséquences de la réforme des armées, avec, comme point d’orgue, la présence symbolique du maire de Nancy défilant aux côtés des élus mosellans pendant la mobilisation générale du 6 septembre 2008 à Metz, les vieux démons de la rivalité entre les deux métropoles lorraines, et plus généralement entre les départements de la Moselle et de la Meurthe-et-Moselle par extension, refont déjà surface. En témoignent, les polémiques autour d’autres grands projets structurants et des infrastructures comme l’A 32. Dès lors, il parait légitime de se poser la question d’où vient justement cette rivalité qui persiste  durablement et qui compromet à chaque fois le développement de notre région.


Nancy, place Stanislas

Un éclairage historique permet de mieux en comprendre les enjeux, car une telle inimitié n’est pas naît par hasard. En effet, depuis Louis XIV, les monarques français s’étaient aperçus que des villes bourgeoises et marchandes comme Metz avaient tendance à contester l’autorité de l’Eglise et de la Royauté. Ces villes étaient donc susceptibles de prendre des positions politiques dangereuses au sein même de l’administration. Les rois  de France décidèrent par conséquent de développer à proximité de ces dernières des villes d’Etat telles que Nancy, capitale d’un Etat souverain avant le rattachement du Duché de Lorraine à la France en 1766, ou encore Aix-en-Provence par exemple. Ces cités concentrèrent l’armée, tout comme Metz ici, du fait de la proximité des frontières, la justice, le parlement, l’université ainsi que tous les pouvoirs régaliens et ceux de l’autorité religieuse. On forgea les esprits dans la haine et le mépris afin d’attiser les rivalités en opposant les « élites de cours » aux « élites d’argent ». Ainsi les Nancéens ont longtemps détesté la bourgeoisie de Metz, de même qu’Aix-en-Provence n’a eu que du dédain pour les marchands de savon de Marseille. Les Français cherchaient ainsi à affaiblir les provinces historiques en créant et en renforçant des divisions internes tout en affirmant leur autorité. Si bien qu’au lieu de nouer des liens entre des métropoles si proches et si complémentaires, on suscita des rivalités culturelles et hiérarchiques entre elles. Bien sûr, le cas de Metz et de Nancy est un peu à part car, à ces brèves tentatives d’explication, s’ajoutent encore les vicissitudes de l’histoire moderne et contemporaine avec son lot de guerres, d’annexions, d’industrialisation et de crises. De même, en choisissant Metz, ancienne ville libre marchande issue des Trois Evêchés, comme capitale régionale en 1983, la France n’a fait exacerber cette opposition en humiliant Nancy, capitale historique des Ducs de Lorraine et fragilisant de fait, encore un peu plus, la stabilité de la région. Aujourd’hui et comme un hasard de l’histoire, le rapport entre les deux villes semble dans une certaine mesure s’être inversé, puisqu’on a tendance désormais à confronter Metz, capitale politique régionale, à Nancy, capitale économique et scientifique. Dans l’intérêt de la Lorraine, de ces deux villes et de tous les Lorrains, il est vraiment grand temps d’en finir avec cette rivalité stérile et puérile et de se tendre mutuellement la main. Car cette confrontation qui dure depuis trop longtemps n’a fait que déstabiliser notre région et a surtout profité aux autres provinces voisines dans l’attribution de grands projets et le développement de nouvelles infrastructures. L’union sacrée fera donc notre force et de conclure : « Lorrains de cœur, de Lorraine et du monde entier, unissez-vous ! » 

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